Miser sur la génétique pour créer de la valeur
Installé depuis 2008 sur une exploitation en polyculture élevage ovins à Saint-Pierremont dans l'Aisne, Louis Vuilliot conduit 270 brebis de race île-de-France en sélection. Reproducteurs, export, génétique, réseaux sociaux et automatisation : pour lui, la rentabilité de l'élevage ovin passe par la création de valeur et une plus-value estimée à 35 %. Explications.
Installé depuis 2008 sur une exploitation en polyculture élevage ovins à Saint-Pierremont dans l'Aisne, Louis Vuilliot conduit 270 brebis de race île-de-France en sélection. Reproducteurs, export, génétique, réseaux sociaux et automatisation : pour lui, la rentabilité de l'élevage ovin passe par la création de valeur et une plus-value estimée à 35 %. Explications.
Après son BTS productions animales à Genech (Nord) et quelques années comme employé dans une exploitation agricole, Louis Vuilliot reprend la ferme familiale, en polyculture élevage ovins. "Mon arrière-grand-père et mon père étaient déjà très engagés dans la sélection. Chez moi, c'était inné, j'ai tout de suite poursuivi l'activité et je l'ai maintenue à un très bon niveau de performances". Aujourd'hui, l'exploitation compte 270 brebis île-de-France et une dizaine de béliers. La majorité des femelles et 70 mâles sont destinés chaque année à la reproduction, en France comme à l'étranger, et le reste est commercialisé pour la viande. "On a vendu des reproducteurs dans 37 pays sur tous les continents sauf l'Océanie", se félicite l'éleveur qui est connu et reconnu pour son savoir-faire grâce aux nombreux prix qu'il a remportés lors de concours et aux réseaux sociaux. "Je reçois souvent des étrangers de tous horizons chez moi, même des Nord-Coréens".
Une génétique valorisée à l'export
Louis Vuilliot travaille avec la coopérative Les Bergers du Nord Est pour la commercialisation de ses agneaux de boucherie : ils sont abattus à moins d'une heure de chez lui (Rethel dans les Ardennes), ce qui est positif sur le rendement carcasse et le stress des animaux. Pour la vente de reproducteurs, il en vend une partie en direct auprès d'autres éleveurs qui viennent choisir leurs animaux. Pour les ventes à l'export, il travaille avec Oson, organisation de sélection ovine Nord située à Verdilly dans l'Aisne, qui représente les races ovines île-de-France et texel, et possède un centre d'insémination. "La grosse difficulté aujourd'hui c'est la réglementation autour des transports". Selon l'éleveur, l'Aisne est un département à la pointe en matière de génétique ovine, avec des sélectionneurs en texel et île-de-France parmi les meilleurs. "J'ai la liberté de sélectionner le phénotype. Je préfère des moutons assez grands avec de la longueur. Cela donne des grands bassins aux femelles qui mettent bas sans aide. Lors des agnelages, mes interventions se chiffrent à 5 % seulement".
35 % de plus-value
L'Aisne compte trois sélectionneurs en race île-de-France sur les 40 que compte le pays. Être sélectionneur, c'est passer beaucoup de temps en observation, notamment après les naissances. "Je passe environ 50 % de temps en plus auprès de mes animaux par rapport à quelqu'un qui fait naître les agneaux destinés à la boucherie". Chaque animal est suivi individuellement : vaccinations, pesées, suivi des performances, choix des accouplements, préparation des reproducteurs, suivi sanitaire, généalogie et relation avec les acheteurs rythment le quotidien. "Quand un éleveur vient acheter un bélier, il cherche à améliorer quelque chose dans son troupeau : la croissance, la prolificité, la qualité bouchère, la valeur laitière... On regarde les index et on choisit l'animal en fonction de son objectif". Attention, la sélection reste toutefois une affaire de patience et d'observation. "En élevage, 1 + 1, ça ne fait pas forcément 2. Si tu es bon, ça peut faire 3. Si tu es mauvais, ça peut faire 0". Même avec des animaux dont les performances sont connues, le résultat d'un accouplement n'est jamais totalement garanti. "Un bélier qui semblait prometteur peut finalement donner des agneaux moyens, tandis qu'un autre, moins spectaculaire, peut produire une descendance exceptionnelle". D'où l'importance du suivi des générations.
Mais ce travail supplémentaire est rémunéré. Il estime à environ 35 % la plus-value économique apportée par la sélection. Pour maintenir cette valeur, une règle guide ses choix : "je ne vends pas ce que je ne voudrais pas garder pour moi", explique l'éleveur qui limite les volumes et privilégie les ventes de qualité.
La conjoncture actuelle offre un signal positif
"Aujourd'hui, je refuse des commandes de centaines d'animaux par an, tant la demande est importante", regrette l'éleveur ajoutant qu'au niveau national, "on ne produit que 45 à 50 % de la consommation française de viande ovine". Une situation qui laisse théoriquement une marge de développement importante aux éleveurs français.
Selon Louis Vuilliot, se lancer dans l'élevage ovin présente des avantages notamment pour les exploitations céréalières. Les animaux peuvent valoriser la main-d'œuvre déjà présente sur l'exploitation, mais aussi certaines intercultures, tandis que la fumure produite sur l'exploitation évite l'achat d'engrais de fond. "On dit que l'avant du mouton c'est une barre de coupe et l'arrière un épandeur", sourit-il. "Quand je me suis installé en 2008, on vendait les agneaux autour de 5 euros du kilo de carcasse. Aujourd'hui, en 2026, on est autour de 10 euros". Dans l'Aisne, la demande existe, la coopérative recherche de nouveaux producteurs et de nouveaux projets voient le jour. "Il ne faut pas oublier cependant, que travailler avec du vivant n'est pas toujours simple", prévient-il en faisant référence aux soins à apporter à l'animal comme la taille des ongles, la tonte.
Automatiser pour gagner du temps
Face à la charge de travail et pour réduire la pénibilité, Louis Vuilliot a investi dans une chaîne d'alimentation pour distribuer la ration automatiquement aux agneaux. Objectif ? Gagner du temps et réduire les tâches physiques sans forcément augmenter la taille du troupeau, en valorisant avant tout les ressources disponibles et en améliorant l'efficacité du système. C'est aussi éviter la fatigue, pouvoir profiter de sa famille et trouver un bon équilibre de vie.•