Le permis de chasser : un examen exigeant tourné vers la sécurité
Chaque année, des centaines de candidats en Seine-Maritime se présentent à l’examen du permis de chasser, une épreuve organisée par l’Office française de la biodiversité (OFB) en partenariat avec les fédérations départementales. Loin d’une simple formalité, le permis de chasser engage la sécurité de tous.
Chaque année, des centaines de candidats en Seine-Maritime se présentent à l’examen du permis de chasser, une épreuve organisée par l’Office française de la biodiversité (OFB) en partenariat avec les fédérations départementales. Loin d’une simple formalité, le permis de chasser engage la sécurité de tous.
Devenir chasseur ne s’improvise pas. Contrairement à certaines idées reçues, l’examen ne fixe aucune condition de résidence ou de nationalité. Seule l’exigence d’âge prévaut : il faut avoir 15 ans révolus le jour de l’épreuve, même si la formation préparatoire peut débuter dès 14 ans et demi. Les candidats mineurs doivent toutefois obtenir l’autorisation de leur représentant légal avant de s’inscrire.
Depuis janvier 2023, toute la démarche d’inscription* est dématérialisée. Elle s’effectue en ligne, en même temps que l’inscription aux formations théoriques et pratiques obligatoires dispensées par la fédération départementale des chasseurs. Une fois les droits réglés – auprès de l’OFB pour l’examen, auprès de la fédération pour la formation – le candidat reçoit un Cerfa prérempli et un certificat médical à faire compléter par un médecin. Ces documents, contrairement à l’inscription initiale, doivent impérativement être renvoyés par voie postale.
Côté tarif, l’inscription s’élève à 62 euros pour les mineurs (15-17 ans) et à 102 euros pour les adultes, incluant la formation et les frais d’examen pour les résidents du département. Pour vous entraîner, une vidéo réalisée par la FDC 76 est disponible**.
Quatre ateliers pour évaluer la maîtrise du terrain
La partie pratique de l’examen se déroule en une seule journée et repose sur une progression en quatre étapes, chacune ciblant un aspect du comportement du chasseur sur le terrain. Le parcours démarre par une mise en situation de chasse simulée, où le candidat doit franchir des obstacles (clôture, fossé) tout en gérant son arme en toute sécurité, puis décider de tirer ou non selon la trajectoire de plateaux d’argile propulsés aléatoirement. Vient ensuite un exercice plus technique : savoir ranger correctement une arme dans un véhicule, en étui long ou court selon le modèle.
La troisième étape teste le tir proprement dit, sur plateaux d’argile, avec une attention particulière portée sur la capacité du candidat à distinguer les cibles autorisées des silhouettes humaines ou des plateaux rouges symbolisant des espèces protégées ; un tir sur l’une de ces cibles étant immédiatement éliminatoire. Le dernier atelier reproduit les conditions d’une battue au sanglier : démontage et remontage de la culasse, chargement, puis tir sur cible mobile. À chaque étape, un point de comportement général sanctionne la rigueur et la vigilance du candidat. Un geste dangereux, quel qu’il soit, met un terme immédiat à l’épreuve.
La théorie, dernière étape
Une fois les quatre ateliers validés sans faute éliminatoire, le candidat aborde dix questions théoriques couvrant la faune sauvage, la réglementation de la chasse, la protection de la nature et le maniement des armes et munitions. Parmi elles, une question porte systématiquement sur la sécurité : y échouer invalide l’intégralité de l’examen, obligeant à une réinscription complète.
Au total, l’ensemble de l’épreuve est noté sur 31 points, la barre de réussite étant fixée à 25. En Seine-Maritime, entre 67 % et 72 % des candidats réussissent l’examen du premier coup.
En cas d’échec ou d’empêchement ?
Un échec n’est pas définitif : une réinscription en ligne suffit, avec des pièces justificatives allégées. En revanche, toute fausse déclaration expose à l’annulation du permis délivré, voire à des poursuites pénales pouvant aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende.
Les candidats empêchés pour un motif reconnu de force majeure – hospitalisation, obligations professionnelles, examen scolaire concomitant – peuvent être reconvoqués sans repayer les droits d’inscription, sur simple justificatif transmis à leur fédération départementale.•
*fdc76.com/permis-de-chasser/passer-le-permis-de-chasser
**youtube.com/watch?v=94Ey9V_1kjg
José Doméné-Guérin, président de la FDC 76, Rémi Fihue, trésorier, et Benoît Bouju, technicien de secteur
« Une nouvelle génération de chasseurs arrive en Seine-Maritime »
Chaque année, la Seine-Maritime forme près de 400 candidats au permis de chasser. Entre féminisation, quête de nature et exigences de sécurité, les dirigeants et techniciens de la fédération des chasseurs de Seine-Maritime (FDC 76).
Comment évolue la fréquentation des candidats au permis de chasser en Seine-Maritime ?
José Doméné-Guérin : « Contrairement aux idées reçues sur le déclin de notre pratique, la demande est en très nette hausse. Nous sommes passés d’environ 250 candidats par an à une fourchette située entre 350 et 400. Depuis la crise du Covid, il y a un véritable désir de se reconnecter avec la nature. Nous accueillons aussi bien des jeunes que des adultes qui s’engagent après avoir concrétisé leurs projets professionnels ou familiaux. »
Benoît Bouju : « Ces 350 à 400 candidats uniques génèrent entre 500 et 550 passages d’examen par an, car l’épreuve est exigeante et ne s’obtient pas systématiquement du premier coup. Cette année, notre éventail d’âges allait de 15 ans pour le plus jeune à 83 ans pour notre doyen ! »
Qui sont ces nouveaux candidats ? Ont-ils tous un ancrage familial dans
la chasse ?
Benoît Bouju : « De moins en moins. La proportion de personnes issues du milieu agricole, du monde rural traditionnel ou d’une lignée de chasseurs diminue. La majorité des profils d’aujourd’hui découvrent la chasse sans a priori ni habitudes ancrées. L’avantage est qu’ils abordent la formation théorique et les exigences pratiques de sécurité avec une grande ouverture d’esprit. »
Rémi Fihue : « Une évolution majeure réside dans la féminisation des effectifs. Aujourd’hui, nous comptons environ 16 % de femmes parmi les candidats, contre moins de 10 % il y a dix ans. Bien souvent, la motivation première chez les pratiquantes féminines repose sur l’amour du chien, le plaisir de se promener et le partage d’un moment en nature, loin de la quête de performance ou de tableau. »
Sur le terrain d’examen, quelle est la priorité absolue lors des formations ?
Benoît Bouju : « La sécurité est incontournable. Nous faisons manipuler des armes réelles et des munitions adaptées, car on ne forme pas des pratiquants avec des fusils en bois. L’erreur la plus fréquente que nous corrigeons chez les candidats reste le placement du doigt sur la détente. Le doigt ne touche la queue de détente que lorsque l’arme est épaulée et qu’il y a une intention réelle de tir. Jamais avant.
José Doméné-Guérin : « C’est un point fondamental. La chasse est d’ailleurs la seule activité ou sport de nature en France qui impose une formation continue à la sécurité, obligatoire tous les dix ans pour pouvoir valider son permis. »Une fois le permis décroché, quel est le plus grand défi pour la fédération ?
Rémi Fihue : « Le défi est de leur trouver une place et de les accompagner durablement dans les équipes locales. En Seine-Maritime, la majorité des territoires sont privés ou sous bail forestier domanial. Les nouveaux titulaires qui n’ont pas de réseau familial doivent pouvoir intégrer des groupes qui partagent leur vision d’une chasse responsable et éthique.
Propos recueillis par Mélina Taullé
AGNÈS LAPLANCHE, 37 ans, directice du journal agricole Horizons (basé à Chartres, cinq éditions)
« Passionnée par le travail des chiens, j’ai pris le chemin de la chasse »
Rien dans son histoire familiale ne la destinait à porter un fusil. Aucun chasseur avant elle, aucune tradition à perpétuer. Et pourtant, à 37 ans, Agnès Laplanche s’apprête à valider son 14e permis de chasser. Vingt années passées à sillonner plaines et sous-bois, entre l’Eure-et-Loir où elle vit et la Seine-Maritime où elle chasse aussi. Tout est parti d’une rencontre, et d’un amour qui ne l’a plus quittée : celui des chiens.
Le déclic canin
C’est un ami, qui l’a initiée à la chasse aux chiens d’arrêt. Passionnée de cynophilie de longue date, elle se souvient d’avoir été happée dès les premières sorties par ce qu’elle observait sur le terrain. Regarder un chien évoluer est une chose ; comprendre que ce travail ne prend tout son sens que dans le prélèvement et le rapport en est une autre. Pour elle, « les deux sont indissociables ».
Simple spectatrice curieuse, elle a d’abord suivi les chasses sans arme. Puis, mordue, elle a fini par passer son permis à 24 ans, dans l’Oise, en 2013. « S’intégrer, à l’époque, n’allait pas toujours de soi pour qui n’était pas né dans le milieu. » Elle constate aujourd’hui, réseaux sociaux aidant, que la communauté s’est considérablement ouverte, et que les liens entre chasseurs se tissent plus facilement.
Petit gibier et chien d’arrêt
Son terrain de prédilection est le petit gibier (bécasses, bécassines, faisans, lapins ou oiseaux de plaine), fusil calibre 20 à l’épaule et chien d’arrêt à ses côtés. Elle s’adonne aussi volontiers à l’affût ou partage des tirs d’été avec son conjoint. Six chiens d’arrêt vivent à la maison, dont une chienne, Same, de race drahthaar avec laquelle elle a construit une complicité qu’elle qualifie de rare. Mais Agnès Laplanche ne se limite pas à une seule pratique. Cavalière, « j’ai découvert la chasse à courre dès 2008, la chasse au marais près du Havre, j’ai arpenté la forêt domaniale de Lyons et d’Eawy en Seine-Maritime, et je ne dédaigne pas, à l’occasion, le grand gibier. » C’est pourtant bien la traque du petit gibier, chien devant, qui continue de la faire vibrer.
Une légitimité qui ne se discute plus
Dans sa belle-famille où elle chasse aux côtés de son conjoint – ancien garde-chasse professionnel – comme dans les groupes qu’elle a pu croiser au fil des saisons, l’accueil réservé aux femmes l’a toujours agréablement surprise. En vingt ans de pratique, elle a vu la présence féminine devenir une évidence sur le terrain. « Il m’arrive encore d’être la seule femme d’une journée de chasse » ; cela ne change plus rien à sa place dans le groupe.
« On est différents en genre, mais on est égaux. Je n’ai jamais eu de problème à m’intégrer : j’ai toujours été considérée à égalité et accueillie avec courtoisie ».
Elle revendique une implication complète, de la préparation de la venaison jusqu’à l’éviscération : préparer un faisan ou un lièvre, prêter main-forte sur du grand gibier, tout cela fait partie de son quotidien de chasseresse. Des hommes chevronnés, parfois proches des 80 ou 90 ans, lui répètent volontiers que les femmes incarnent l’avenir de la chasse. « Elles apportent une dynamique familiale et une vigilance particulière sur l’éducation des plus jeunes au respect des règles. »
La sécurité, non négociable
Tirer, c’est engager une double responsabilité : celle de prélever proprement l’animal, et celle de garantir la sécurité de tous sur le terrain. Son conjoint étant moniteur de tir, la sécurité et l’entraînement sont au cœur de sa pratique.
Une place au national
L’an dernier, Agnès s’est illustrée au Challenge national des chasseurs de France. Qualifiée pour la finale, dans l’Indre, aux côtés d’une dizaine de concurrentes venues de toute la France, elle y a décroché la troisième place de la catégorie “Chasseuse avec chien d’arrêt”, portée par la prestation de sa chienne Same sur un parcours de vingt minutes.•
Propos recueillis par Mélina Taullé
VICTOR RICOUARD, étudiant en BTS ACSE
« La chasse est devenue une vraie passion »
À 18 ans, Victor Ricouard partage son temps entre l’exploitation familiale, le lycée agricole et les battues de sanglier. Rencontre avec un jeune agriculteur pour qui la chasse s’est imposée, saison après saison, comme un héritage devenu passion.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
« J’ai 18 ans. Je travaille sur l’exploitation familiale, conduite en polyculture (céréales, blé, orge, colza). En parallèle, je suis au lycée agricole d’Yvetot, où je prépare un BTS ACSE (Analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole). »
Comment avez-vous commencé à chasser ?
« Mon grand-père et mon père chassent tous les deux, et c’est naturellement par eux que j’ai découvert cette pratique. Le cercle amical y est aussi pour beaucoup : voir les copains partir chasser a renforcé mon envie. C’est un ensemble, porté par tout l’entourage. »
Depuis quand chassez-vous ?
« J’ai obtenu mon permis à 16 ans, il y a donc deux ans maintenant. Avant cela, je suivais déjà les sorties, mais en observateur. »
Comment conciliez-vous le travail à la ferme, les études et la chasse ?
« Tout dépend des périodes de l’année. En ce moment, je n’y vais pas : c’est la saison des gros travaux. Mais d’octobre à février, j’y consacre deux sorties par semaine. Même à l’ouverture, quand les battues démarrent dans les maïs, je n’y vais pas systématiquement, priorité est donnée au travail à la ferme. »
Quel type de chasse pratiquez-vous ?
« Je pratique la chasse au sanglier, une chasse au grand gibier. Je l’apprécie notamment pour son rôle dans la régulation des populations. »
Diriez-vous que la chasse est devenue une véritable passion ?
« Non, pas depuis l’enfance. C’est venu progressivement, en regardant mon père et mon grand-père partir sur le terrain. L’envie est arrivée avec l’âge, et c’est aujourd’hui une vraie passion. »
Avez-vous le sentiment que la chasse attire de moins en moins les jeunes ?
« Un peu moins qu’avant, c’est vrai. Mais il y a tout de même un noyau de jeunes intéressés, et j’ai plutôt l’impression que leur nombre progresse à nouveau ces derniers temps. »
Serez-vous présent au Festival de la terre ?
« Oui, je serai mobilisé un peu partout sur l’événement. »
Propos recueillis par Mélina Taullé