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Le pâturage des couverts, un levier fourrager et économique

À Villers-Brulin (Pas-de-Calais), Jean-Yves Mouton pratique le pâturage des couverts d’interculture pour son troupeau de 80 vaches. Une pratique qui complète celle du pâturage tournant dynamique mise en place il y a cinq ans, qui apporte un complément de fourrage intéressant.

Douze hectares de prairie d’un seul tenant, avec une herbe tendre consommée en quelques semaines, puis des refus qui persistent un peu partout. « C’était abominable. Alors il y a cinq ans, avec les conseils de Rémy Pigneaux, expert en fourrages, j’ai mis en place le pâturage tournant dynamique, ainsi que le pâturage des couverts en fin de saison », se souvient Jean-Yves Mouton. L’éleveur est installé en EARL avec son épouse, Isabelle, à Villers-
Brulin. Ils mènent un troupeau de 80 vaches (holstein, brunes des Alpes et simmental), avec un atelier de transformation et de vente directe.
Cette année, l’assolement ne permet pas ce pâturage des couverts. « Les parcelles voisines de la prairie sont semées en blé. » Les 17 ha de couverts sont donc récoltés en enrubannage en ce mois de novembre, qui sera distribué aux génisses. Celui-ci avait été semé début août, juste après la moisson et l’épandage du fumier. Les repousses seront détruites chimiquement au printemps, et la parcelle sera semée en betteraves.

Patûrage du couvert

Une année sur deux environ, les vaches pâturent ce couvert sur 6 ou 7 hectares. Ce fourrage supplémentaire est alors précieux. « La pâture est la moins bonne terre de la ferme. Ce sont des blancs et des biefs. L’été, elle souffre de la sécheresse. Alors la valeur alimentaire n’est plus si élevée à l’automne. » Pour assurer cette valeur alimentaire, le choix des espèces est important. « Il s’agit d’avoine de méditerranée, de trèfle de perse et de colza fourrager. »

1 litre supplémentaire par jour

Un investissement de 100 €/ha, contre une cinquantaine d’euros pour un couvert plus simple, mais qu’il retrouve en production. « Les vaches produisent 1 litre par jour de plus chacune lorsqu’elles sont au couvert. » Surtout, le pâturage est une économie de charges mécaniques. « C’est du temps en moins qu’on passe à récolter, et on n’use pas le matériel. » Seule contrainte : le décalage de la clôture, pour l’équivalent de 30 ares chaque jour. « On est équipé d’un quad, avec un fil enroulé et déroulé à l’aide d’une perceuse. Il y a cinq piquets à déplacer. Ça se fait très bien, en dix minutes. »
Avec cette pratique, la saison de pâturage est largement prolongée. « Les vaches y sont déjà allées jusqu'à début décembre. Tant que le sol est portant et que ça ne gel pas… » Ceci est possible grâce à des chemins stabilisés. « Marcher réduit les problèmes de pattes. Et puis la place est un peu limitée dans le bâtiment, donc j’aime les voir quelques heures dehors le matin. »•

« On vise les taux du lait pour faire du beurre »

Plus qu’un simple volume, la qualité du lait est primordiale pour Jean-Yves et Isabelle Mouton, qui transforment 90 000 litres de lait par an, sur les 700 000 litres produits. Elle l’est particulièrement pour le beurre, l’un de leurs produits phares. « On cherche un beurre bien jaune qui a du goût », explique Jean-Yves. Le système herbager y contribue largement l’été. « Mais les vaches ont une ration à base de maïs toute l’année, dont la quantité est ajustée à la pousse de l’herbe. » La ration est la suivante : maïs, pulpes surpressées, betteraves fourragères et enrubannage de luzerne (cinq coupes cette année, pour une luzerne en place quatre ans). L’hiver, les carottes d’un producteur voisin prennent le relais du pâturage. « La ration reste ainsi variée. » Ce taux est aussi assuré par les quelques brunes des Alpes et bientôt des simmentals, encore génisses aujourd’hui. Des races reconnues pour leur lait riche en matière utile. « Le troupeau est en moyenne à 36 g/kg pour le TP (taux protéique), et 48 g/kg de TB (taux butyreux). »

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