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Le drone, un outil utile pour gérer son exploitation ?

Les drones ont connu une forte évolution au cours des cinq dernières années, permise par des avancées importantes dans les composants électroniques (miniaturisation, performance, réduction des coûts de production…) et des caméras embarquées. Cette évolution les rend désormais facilement accessibles, permettant de réaliser des photos de qualité à un prix attractif. Utilisés dans divers secteurs (militaire, sécurité, cinéma…), les drones trouvent également leur place en agriculture.

Drone utilisé par Abelio pour repérer les adventices, service de désherbage ciblé proposé par la Chambre d’agriculture de l’Aisne.
Drone utilisé par Abelio pour repérer les adventices, service de désherbage ciblé proposé par la Chambre d’agriculture de l’Aisne.
© CA02

Si l’utilisation des drones en agriculture n’est pas nouvelle, elle a considérablement évolué. Différentes start-up propo­saient dans les années 2010 un service de pilotage de la fertilisation azotée en blé et colza à l’aide de l’exploitation d’images issues de drones. Avec l’arrivée des images satellite gratuites Sentinel 2, couvrant de larges zones avec une résolution de 10 m suffisante pour les épandeurs, cet usage a quasiment disparu. Mais l’évolution technologique des drones a ouvert de nouvelles applications pour les exploitations agricoles.

Assister l’agriculteur

Le drone peut en effet s’avérer être un outil d’assistance utile lorsque les parcelles que l’on souhaite observer sont difficiles d’accès (chemin non praticable, humidité, pente…). La vue aérienne offre un angle de vue différent et plus large que l’observation au sol, permettant de visualiser rapidement et facilement des problèmes dans la parcelle : foyers de maladie, foyers d’adventices, accidents de culture, dégâts de gibier… En élevage, le drone peut également avoir un intérêt pour surveiller les troupeaux en facilitant l’identification d’une bête isolée ou malade, la vérification des points d’eau ou encore le repérage d’animaux échappés.

Diminuer l’utilisation des intrants

Au-delà de la simple surveillance, l’exploitation des images aériennes permet d’aller plus loin dans la gestion des cultures. L’utilisation de capteurs plus sophistiqués, comme les capteurs multispectraux, permet de capturer des informations supplémentaires sur les plantes, invisibles à l’œil nu. Les images peuvent être traitées à l’aide de l’intelligence artificielle (IA) pour détecter des problèmes de façon plus précise et géolocalisés dans l’espace. Ainsi, cela a permis la création de nouveaux services comme l’estimation de surface de dégât de gibier, la détection et la localisation de foyers de maladie ou encore la détection et la localisation d’adventices.
Le service de détection d’adventices est d’ailleurs proposé par la Chambre d’agriculture de l’Aisne depuis 2022 sur chardons en betteraves sucrières. Il permet de construire des cartes de désherbage ciblé adaptées au pulvérisateur de l’exploitation et s’est révélé efficace à la fois sur la fiabilité de détection des chardons mais aussi pour réduire l’utilisation des herbicides.

Pulvérisation et épandage

Pour certains intrants tels que les couverts ou le largage d’auxiliaires, l’épandage par drone est autorisé depuis plusieurs années. L’investissement dans ces drones adaptés est coûteux, cette utilisation est donc souvent envisagée sous forme de prestations de services. On retrouve notamment des applications spécifiques comme le largage de trichogrammes ou encore le semis de couvert dans les cultures en place pour éviter leur endommagement.
Longtemps interdit en France, l’usage du drone pour la pulvérisation connaît un tournant avec la loi du 23 avril 2025. Ce texte introduit une série de dérogations encadrées permettant l’épandage par voie aérienne, à condition de répondre à des critères stricts.
Trois situations permettent désormais d’envisager la pulvérisation par drone : lorsqu’un danger sanitaire grave impose une intervention rapide ; sur certaines cultures spécifiques comme les vignes mères ou les parcelles à forte pente (≥ 20 %) à condition d’utiliser uniquement des produits de biocontrôle ou à faible risque ; et enfin, dans le cadre de programmes expérimentaux encadrés sur trois ans.
Ces opérations doivent être réalisées avec du matériel homologué, équipé de buses antidérive, par des opérateurs formés et agréés. L’usage reste interdit à proximité immédiate des zones sensibles. Un registre précis des interventions est exigé.
Si cette évolution réglementaire reste mesurée, elle marque une avancée majeure pour les agriculteurs, notamment en viticulture ou sur terrains difficilement mécanisables.

Un cadre réglementaire strict

L’utilisation des drones en agriculture, qu’elle soit occasionnelle ou professionnelle, est encadrée par une réglementation européenne harmonisée et des exigences nationales précises. Deux grandes catégories d’usage existent : la catégorie ouverte, pour les vols à faible risque, et la catégorie spécifique, pour les usages professionnels ou à risque modéré.
Dans la catégorie ouverte (vols à vue, hors zones sensibles, drone de moins de 25 kg), le drone doit être marqué CE (classes C0 à C4 et enregistré sur AlphaTango s’il pèse plus de 250 g ou embarque une caméra. Le télépilote doit suivre une formation en ligne et respecter les règles élémentaires : vol en vue directe, hauteur maximale de 120 m, et respect des tiers et de la vie privée. Les agriculteurs utilisant un drone pour des usages simples sont donc le plus souvent soumis à cette réglementation.
Dans la catégorie spécifique, qui concerne les autres usages professionnels agricoles (surveillance avancée, pulvérisation, semis…), l’exploitant doit :

  • obtenir un certificat d’aptitude de télépilote professionnel ;
  • utiliser un drone homologué (attestation de conception délivrée ou reconnue par la DGAC) ;
  • déclarer ses missions selon le scénario opérationnel (S2, S3, S4…) ;
  • tenir un registre des vols précisant les produits utilisés, les conditions et l’opérateur.

Ainsi, il est nécessaire, avant l’achat d’un drone, de déterminer les usages pour adapter le choix du drone, mais aussi les conditions de vol nécessaires.•

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