Aller au contenu principal

Le Camembert de Normandie cherche à rebondir

Alors que les ventes du fromage AOP normand ont connu une baisse sensible ces deux dernières années, les producteurs et transformateurs s'adaptent et engagent la révision du cahier des charges.

© AdobeStock

Les temps sont difficiles pour la filière du Camembert de Normandie AOP. " Entre 2022 et 2024, les ventes ont reculé de 10 %, passant de 6 000 tonnes à 5 400 tonnes ", explique David Aubrée, directeur de la laiterie Réo à Lessay (50), mais aussi président de l'association Camembert de Normandie AOP, l'organisme de défense et de gestion de l'appellation. " Les prix ont atteint des seuils psychologiques pour certains consommateurs qui ont préféré descendre en gamme ".

Ces dernières années, les coûts de production du plus célèbre des fromages normands se sont accrus, en raison de la hausse des prix de l'énergie, des consommables, mais aussi du lait. " Avec les primes, nous approchons les 580 euros les 1 000 litres, c'est un plus haut historique ", assure le dirigeant. " Nous nous en réjouissons pour la quarantaine d'éleveurs de lait AOP (majoritairement privés, NDLR) dont nous assurons la collecte, car cela va contribuer à maintenir les producteurs dont nous avons besoin. Mais nous devons aussi répondre à toutes les demandes et donc nous diversifier. "

Camembert "HVE"

Pour cela, l'entreprise ne manque pas d'idées. Afin de contourner la difficulté de référencer les fromages au lait cru dans les cantines scolaires, la filiale des Maîtres laitiers du Cotentin (depuis 2017) fabrique désormais un camembert "Haute valeur environnementale" (HVE), sans l'appellation AOP. Plus accessible en prix, ce camembert pasteurisé, mais haut de gamme et moulé à la louche, s'inscrit parmi les produits de qualité définis dans la loi Egalim et permet donc aux gestionnaires de restauration de se conformer à ses objectifs. " Nous avons d'ores et déjà décroché un marché auprès d'un Crous, établissement public universitaire ", se réjouit le directeur de Réo. Pour répondre aux nouveaux modes de consommation du fromage (à l'apéritif, en cuisine, chaud, etc.), la laiterie lance également cette année des fromages fourrés de petite taille (150 grammes) à la truffe, au piment d'Espelette ou aux herbes, également hors appellation.

Révision du cahier des charges

Acteur de poids de l'appellation Camembert de Normandie AOP avec 700 tonnes, soit 15 % de parts de marché, l'entreprise n'en oublie pas pour autant le fleuron de sa production. Elle compte notamment sur l'évolution prochaine du cahier des charges de l'AOP pour recruter de nouveaux consommateurs. " Parmi les modifications que nous allons examiner dans les mois qui viennent figure la reconnaissance du "petit" camembert de 150 grammes au sein de l'AOP ", explique David Aubrée. " Ce format nous permettrait de toucher d'autres consommateurs, seuls ou avec peu de moyens, sans pour autant remettre en cause nos niveaux d'exigence ", estime David Aubrée. Pas question en effet de renoncer à ce qui fait du Camembert de Normandie un produit d'excellence, qui pèse moins de 5 % de l'ensemble des ventes de camembert, mais dont l'image est régulièrement convoitée par ses concurrents. Les producteurs et transformateurs de la filière AOP ont ainsi obtenu en janvier de la cour administrative d'appel de Nantes (Loire-Atlantique) l'interdiction des mentions "Fabriqué en Normandie" ou "Élaboré en Normandie" par les industriels ne bénéficiant pas de l'appellation, qui parasite l'image du produit. Lors de la prochaine révision du cahier des charges de l'AOP, l'organisme de défense et de gestion (ODG) qui pilote l'AOP compte bien encore renforcer la particularité du fromage moulé à la louche.  " Outre la reconnaissance du petit camembert, nous allons proposer l'augmentation du troupeau de race normande, qui doit représenter aujourd'hui au moins 50 % des effectifs dans les fermes de l'AOP ", indique David Aubrée. Comme d'autres laiteries, Réo propose d'ores et déjà des Camemberts AOP exclusivement issus de vaches normandes. Les membres de l'ODG souhaiteraient également interdire explicitement l'alimentation OGM ou encore introduire un nombre de mètres linéaires minimum de haies obligatoires dans les champs. " Ces évolutions seront évoquées au sein de l'ODG avant d'être soumises à l'Inao pour validation ", précise David Aubrée. Ce dernier espère voir le dossier aboutir en 2026. Dans les prochains mois, les cahiers des charges des AOP Pont-l'Évêque et Neufchâtel vont également être réouverts.•

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Union agricole

Les plus lus

Le suivi sanitaire ne s'improvise pas : la performance de l'élevage repose sur un travail d'équipe et une confiance étroite entre Éric Monnet, à gauche et Jérémy Vimbert.
« En médecine rurale, nous avons affaire à des professionnels »

Vétérinaire mixte à Saint-Romain-de-Colbosc depuis plus de vingt ans, Éric Monnet revient sur l'évolution de sa pratique :…

"La transmission en questions"

La section des Seniors agricoles proposera lors de ses réunions de secteur une information sur la transmission avec des…

Récoltes céréalières 2026 : les plus précoces en Normandie depuis 20 ans

Les situations météorologiques extrêmes de janvier à juin expliquent des rendements en baisse, mais pas catastrophiques, pour…

La filière céréales est en forte progression au premier semestre, avec 4,07 Mt traitées, soit une hausse de 33 % par rapport aux 3,06 Mt enregistrées sur la même période 2025, portée par une très bonne campagne céréalière au premier semestre 2026.
Haropa Port : premier semestre très dynamique pour les céréales
À la mi-année 2026, Haropa Port confirme sa bonne dynamique en partie grâce aux 4,07 millions de tonnes de céréales traitées au…
Samuel Crèvecœur, président de la section de Fontaine-le-Dun chez Cristal Union, et Christophe Croison, directeur de l'usine, posent devant le nouvel évaporateur à 6 effets.
La campagne betteravière a démarré dans les temps à Fontaine-le-Dun

Les importants travaux engagés lors de l'inter-campagne ont été achevés à temps. Le site seinomarin de Cristal Union a pu…

Embauche des saisonniers : guide pratique
Face à la complexité des démarches réglementaires en période de forte activité, la MSA a édité le guide "J'embauche un saisonnier…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 300 €/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site L'Union agricole
Consultez le journal L'Union agricole au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters du journal L'Union agricole