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La production de pommes en Normandie : état des lieux et enjeux

La Normandie concentre la majeure partie de la production française de pommes à cidre. Ses vergers, emblèmes du territoire, façonnent autant le paysage que l'économie locale. Entre héritage et modernité, la filière doit aujourd'hui relever de nombreux défis, liés au climat, aux changements de consommation et à l'évolution du secteur.

En 2020, plus de 1 500 exploitations normandes produisaient des pommes, dont plus de 1 300 des pommes à cidre. Ce chiffre a connu une baisse de 16 % depuis 2010. Pour autant, la surface consacrée aux pommiers a progressé, passant de 8 056 hectares en 2010 à 9 105 hectares en 2024, soit une hausse d'environ 13 % en 14 ans. En 2024, la région comptait 8 276 hectares de pommiers à cidre et 829 hectares de pommiers à couteau.

La Normandie, le cœur de la production de pommes à cidre

La région représente 65 % de la production française de pommes à cidre.

Autour de 200 000 tonnes de pommes à cidre sont récoltées tous les ans en Normandie. Bien que les récoltes varient d'une année sur l'autre, la production demeure globalement stable depuis 2010.

La production de pommes à couteau, en revanche, a connu une augmentation constante ces dernières années, passant d'une production de 16 000 tonnes en 2010 à près de 25 000 tonnes en 2024. La région représente désormais 2 % de la production nationale de pommes à couteau.

Bien que ce soit le principal débouché, seulement 33 % de ce que l'on appelle "pommes à cidre" sont effectivement destinées à produire du cidre, le reste étant valorisé pour d'autres productions comme le jus de pomme (27 %) ou le calvados (23 %).

Haute-tige vs basse-tige : deux modèles de vergers complémentaires

La production de pommes en Normandie repose sur deux types de vergers distincts.

Le verger traditionnel ou haute-tige, souvent un pré planté où le bétail pâture sous les pommiers, a fortement régressé depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Estimé à 12 millions en 1980, le nombre d'arbres a progressivement diminué. Au recensement agricole de 2010, 926 000 arbres haute-tige ont été déclarés en Normandie mais il est difficile d'en mesurer l'évolution précise depuis.

À l'inverse, le verger spécialisé ou basse-tige, apparu à la fin des années 1970 sous l'impulsion des transformateurs, a progressivement supplanté le modèle traditionnel. Il représente désormais plus de 85 % des approvisionnements des entreprises de transformation. La récolte est mécanisée et permet une production stable. Cette transition s'est accélérée notamment après la tempête de 1999 qui a fortement endommagé de nombreux vergers haute-tige. Ainsi, ces deux modèles, complémentaires, reflètent à la fois l'héritage patrimonial de la Normandie et les exigences économiques modernes de la filière.

Le vieillissement des vergers normands

L'étude de l'âge des vergers (de pommes à cidre et de table) normands met en évidence un vieillissement plus marqué qu'au niveau national. En 2024, près de la moitié des vergers normands ont 25 ans ou plus (49 %, contre seulement 26 % en France), en lien avec les fortes plantations post-tempête de 1999. Seuls 33 % des vergers ont moins de 14 ans, contre 50 % en moyenne française. Cette donnée souligne un retard de renouvellement, questionnant la vulnérabilité de la filière face aux aléas climatiques, aux maladies et à l'évolution des rendements (source : Agreste - Enquête Structure des exploitations 2023). Des plans de renouvellement du verger sont en cours dans le Grand Ouest sous l'impulsion des coopératives Les Celliers Associés et Agrial.

Une filière engagée dans la valorisation locale et la qualité

En 2020, 21 % des exploitations productrices de pommes transforment leurs fruits (31 % de la surface) et 42 % commercialisent au moins une partie en circuit court (43 % de la surface). Du côté des pommes à cidre, 54 % des exploitations sont engagées dans un Siqo (signe officiel d'identification de la qualité et de l'origine), 36 % en bio et 27 % en AOP/AOC. Près d'une sur trois cumule même deux signes de qualité, preuve d'une filière orientée vers la différenciation et la montée en gamme. Le verger cidricole est la seule production agricole dont la part de bio est aussi élevée.

Les enjeux à venir pour les vergers normands

Le changement climatique risque d'imposer aux producteurs normands de nouvelles contraintes : sécheresse, gel printanier, alternance des rendements et choix variétaux. Dans ce contexte, le vieillissement des vergers pose la question du type de renouvellement à mettre en place dans la région. La Normandie doit également valoriser ses produits au-delà du cidre, notamment les pommes à couteau et les jus, et répondre aux évolutions des attentes des consommateurs.•

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