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La normandisation des cheptels est en marche

Mardi 28 avril, la Région Normandie a fait un point d'étape concernant son plan régional de normandisation des cheptels et de soutien à la race Normande. Le rendez-vous s'est tenu à l'EARL de Belhaut, près de Vire (Calvados).

En dix ans, une baisse de 35 % des cheptels normands en France a été observée, conférant à la race la diminution la plus marquée d'effectifs bovins dans l'Hexagone. Face à ce phénomène, la Région Normandie a lancé un plan de "normandisation" des cheptels et de soutien à la race normande. Après dix ans de travaux, elle dresse un bilan de cette politique, le 28 avril, sur la ferme de Belhaut.

2 millions d'euros d'investissement

"Ce n'est pas parfait, il y a encore beaucoup de travail pour réintroduire cette race mixte très positive, admet Clotilde Eudier, vice-présidente de la Région. Nous sommes persuadés de l'intérêt de la polyculture élevage en matière de résilience, de qualité des sols, etc. C'est une politique très forte dans ce sens." Depuis le lancement du programme en 2016, le Conseil régional a investi deux millions d'euros, participant à "l'accélération de la valeur génétique des élevages". Au total, près de 400 éleveurs ont été accompagnés et 12 837 équivalents bovins subventionnés.

"C'est l'une des plus belles races à viande. Nous devons poursuivre et amplifier les efforts collectifs en faveur de la préservation durable de cette race emblématique, indissociable de notre territoire et de sa valeur agricole", a déclaré Hervé Morin, président de la région Normandie.

"La Région a tout compris. Pour relancer une race, il faut s'en donner les moyens", note quant à lui, Nicolas Declomesnil, président de Filière qualité race normande (FQRN), laquelle œuvre justement à "pallier l'anonymat de la race, ne plus se comparer aux autres, se structurer et créer une marque commune", en lien avec l'OS Normande.

En action

"J'ai toujours eu un goût prononcé pour les normandes. C'est une race que j'affectionne. Ce sont des choses qu'on n'explique pas", remarque Jean-Marc Labbé, hôte du jour. À la tête de l'EARL de Belhaut à Maisoncelles-la-Jourdan, près de Vire, il élève une soixantaine de vaches laitières, dont la moitié de race prim'holstein et l'autre de race normande. "Je veux valoriser la génétique. Avec la normande, je valorise la viande essentiellement", reconnaît-il.

Dans un système extensif de 130 ha, en logettes paillées, 70 ha sont en herbe - dont 20 à 25 ha de prairies permanentes. Depuis deux ans, il a investi dans un robot de traite Fullwood. "Les deux races alternent au robot. Elles ont de très bonnes mamelles, donc il n'y a aucun souci. J'ai gagné en lait avec le robot", constate-t-il. Collecté par Agrial, il n'est pas soumis à un cahier des charges spécifiques (AOP/AOC, etc.), pour autant, lorsqu'il prend connaissance du programme régional, il choisit de se lancer pour atteindre demain, il l'espère, 60 à 70 % de normandes au sein de son cheptel. "Ce parcours est intéressant. On peut voir que ça fonctionne ici, en normande et robot, donc c'est possible d'y arriver", admet Clotilde Eudier.

Un manque de femelles

"Il n'y a pas beaucoup de femelles disponibles sur le marché. C'est compliqué en matière de génétique. Cette aide a clairement contribué à ce que je me lance dans l'achat de doses de semences sexées", indique Jean-Marc Labbé. L'aide s'élève à 460 euros par vache normande adulte, 100 euros par jeune génisse et 110 euros par implantation d'embryon. Depuis 2023, une prise en charge de 35 euros par dose de semence sexée est aussi proposée.

"Depuis 2022 et un nouvel AMI (appel à manifestation d'intérêt), les conditions ont été revues. C'est un contrat gagnant-gagnant", remarque Nicolas Macé, en charge de l'accompagnement des dossiers. Et les services de la Région d'insister sur l'importance du travail collectif établi avec les industriels de l'agroalimentaire. "Cinq laiteries (Gillot, Graindorge, Isigny Sainte-Mère, Lactalis et Réaux) sont partenaires", note Nicolas Macé. "Penser à l'aval, à l'industrie : c'est clé. La préservation de la race normande est une responsabilité partagée. Elle concerne l'ensemble des acteurs du territoire : les pouvoirs publics, bien sûr, mais aussi les filières de transformation, la distribution et les consommateurs", conclut Hervé Morin.•

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