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« Et si nous restions connectés? »

Gil Rivière-Wekstein est l'auteur de « Panique dans l'assiette », dans lequel il montre combien la « fabrique de la peur » profite à certaines entreprises. Dans son livre, il décortique un business.

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Gil Rivière-Wekstein est l'auteur de Panique dans l'assiette.
© D. R.


La société et le monde agricole semblent ne plus se comprendre. « Les Français sont de plus en plus nombreux à s'inquiéter de leur alimentation. Or, en France, les agriculteurs produisent l'une des alimentations les plus sécurisées au monde, avec une qualité hors norme » explique Gil Rivière-Wekstein.
Pour le journaliste, la question à se poser est : « à qui servent ces peurs ? »
« Dans mon livre, j'ai identifié une convergence d'intérêts qui se nourrit de ces peurs alimentaires. D'abords des militants politiques, principalement altermondialistes, dont l'objet est un changement radical de notre société. Pour eux, l'agriculture moderne symbolise le capitalisme. En évoquant les peurs, ils militent pour un retour à une politique de décroissance et au local : c'est tout le sens des campagnes de José Bové, qui est contre la mondialisation mais démontera un Mac Do au motif que les Américains faisaient un embargo sur le Roquefort ! La bataille contre la « Ferme des 1000 vaches » relève du même principe ». En clair, ils défendent un mode de production particulier et utilisent la question de la santé pour faire passer leur modèle.

Un fonds de commerce pour les ONG
« Les peurs alimentaires sont également un véritable fonds de commerce pour certaines organisations non gouvernementales (ONG) comme Greenpeace et Générations futures, complète Gil Rivière-Wekstein. « Curieusement, ces organisations ne s'intéressent qu'aux pesticides qui touchent à l'agriculture non bio. Elles défendent l'usage du cuivre, dont on connaît les effets nocifs sur les sols. Quand il faut parler de perturbateurs endocriniens naturels présent dans les produits bio, c'est « silence radio ». En réalité l'agenda de ces ONG consiste plutôt à lever des fonds qu'à améliorer la santé des gens. Ensuite, certaines filières agroalimentaires profitent de ce vent de panique pour développer des marchés en pleine croissance : les produits bio, vegan, les produits « sans ». La croissance à deux chiffres du business de l'agriculture bio repose principalement sur les peurs alimentaires, qui sont, bien entendus, entretenues par des lobbys ».
Le journaliste pointe enfin la responsabilité de nombreux élus. « Des hommes politiques de tous bords surfent sur ces peurs pour soi-disant défendre la santé face aux multinationales : Nicolas Sarkozy a interdit les OGM au prétexte de défendre la population française alors qu'il n'a rien fait pour en interdire l'importation. C'est de l'hypocrisie totale. De même, le président Macron essaye de se donner une « virginité verte » en voulant interdire l'herbicide le moins toxique qui existe aujourd'hui, le glyphosate. Il n'a pas peur qu'il soit remplacé par un produit plus toxique pour l'environnement ou par une pratique agricole moins bonne, comme le labour. C'est de la pure hypocrisie, d'autant que le président refuse de suivre l'avis de l'agence française Anses, mise en place pour lui apporter un regard éclairé. Or, récemment, encore, son directeur a clairement indiqué ne pas avoir d'élément pour interdire ce produit au regard de toutes les données connues ».

Dans ce contexte, comment rétablir la confiance entre consommateurs et agriculteurs ?
« Taiseux et isolé, l'agriculteur est une proie facile car il ne peut se défendre », observe Gil Rivière-Wekstein. « Nous sortirons de cette spirale uniquement si le monde agricole prend la parole, de manière collective, ferme et sans compromis. On a laissé les ONG et le monde de l'agroalimentaire parler et ils ont aujourd'hui le monopole de la communication sur l'alimentation. Pourtant, le monde agricole dispose de moyens et d'outils, à commencer par les réseaux sociaux. C'est surtout aux agriculteurs, à leur échelle, de s'emparer du sujet et de rassurer : ils sont les plus légitimes. Il faut s'exprimer de manière claire pour dénoncer l'agribashing et répondre simplement aux inquiétudes de la population : expliquer comment on prend en compte le bien-être animal, montrer des dégâts de maladies sur une culture non traitée. Démontrez que ce qui est fait aujourd'hui est de l'hyper qualité. En France, toutes les peurs alimentaires sont illégitimes. Les agriculteurs doivent reprendre en main leur communication. Il y a urgence : on a 10 ans à rattraper ». o


2003

Lancement de la lettre d'information Agriculture & Environnement, qui fait entendre une voix critique et originale sur des sujets sensibles.

2006

Publication du livre « Abeille, l'imposture écologique ». 300 pages d'enquête qui mettent à mal les certitudes sur la toxicité du Gaucho.

2017

Avec « Panique dans l'assiette. Ils se nourrissent de nos peurs », il
révèle comment divers lobbies instrumentalisent nos peurs alimentaires à leur profit.

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