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Engrais : un plan européen jugé trop timoré

Face à l'explosion des prix des fertilisants, la Commission européenne a dévoilé son plan d'action le 19 mai. Entre aides directes via la réserve agricole et révisions réglementaires, Bruxelles tente de répondre à la crise, sans toutefois convaincre des syndicats déçus.

Pour le syndicat agricole européen, le plan attendu risque de ne « pas être à la hauteur des attentes » de la communauté agricole face à la crise majeure déclenchée par le conflit en Iran. Le Copa-Cogeca souligne que la Commission européenne possède pourtant les outils nécessaires pour intervenir à court, moyen et long terme. Les agriculteurs sont inquiets car ils préparent déjà leurs stocks pour la prochaine saison. Le Copa-Cogeca alerte que tout retard dans la prise de décision pourrait lourdement peser sur les prix à la consommation et la sécurité alimentaire mondiale. « Les agriculteurs européens sont au pied du mur et ne peuvent plus attendre », avertit l'organisation qui exige un soutien concret de Bruxelles « pour maintenir une agriculture compétitive et garantir la sécurité alimentaire de 500 millions de citoyens ». Le Copa-Cogeca avait présenté début mars une alternative à ce plan européen sur les fertilisants.

Le 19 mai, dans un contexte de tensions extrêmes sur les marchés mondiaux, la Commission européenne a enfin présenté son plan d'action sur les engrais. Ce document, composé de 25 mesures, vise à répondre à une envolée des prix qui fragilise l'ensemble de la chaîne de production alimentaire. En Europe, les fertilisants azotés ont vu leurs tarifs bondir, passant d'environ 380 euros la tonne l'hiver dernier à près de 500 euros aujourd'hui. Cette situation est particulièrement critique pour les céréaliers, déjà éprouvés par des récoltes catastrophiques et une concurrence internationale accrue.

Au cœur des annonces de Bruxelles figure un soutien financier direct. Le commissaire à l'Agriculture, Christophe Hansen, a promis de mobiliser la « réserve agricole » pour venir en aide aux agriculteurs les plus touchés. Si 200 millions d'euros sont actuellement disponibles, l'exécutif européen ambitionne de doubler cette enveloppe pour atteindre les 400 millions d'euros lors du budget rectificatif de juin. L'objectif est clair : débloquer des liquidités après l'été, au moment crucial où les exploitants décident de leurs semis pour les cultures d'hiver. De plus, une révision ciblée du règlement de la Pac devrait permettre aux États membres de réorienter certaines dépenses prévues pour 2026 et 2027 afin de constituer une réserve de liquidité immédiate.

Le « mur des engrais »

Sur le plan réglementaire, le plan prévoit un calendrier de travail pour renforcer la production européenne et diversifier les approvisionnements, l'UE important encore 60 % de sa consommation. L'une des mesures phares est la révision de la directive Nitrates pour faciliter l'usage du digestat, issu de la méthanisation, comme alternative aux engrais chimiques. Cependant, cette ambition de souveraineté se heurte à une fin de non-recevoir sur un point crucial pour les organisations syndicales : le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (Macf ou CBAM). Malgré la pression de pays comme la France, Bruxelles refuse de suspendre cette taxe carbone sur les engrais, craignant de fragiliser le processus de décarbonation du secteur et d'ouvrir une brèche réglementaire pour d'autres industries polluantes.

La position de Bruxelles a suscité une vive déception, sinon la colère des organisations syndicales qui à l'appel du Copa-Cogeca et de la FNSEA ont manifesté le 19 mai dans les rues de Strasbourg sous les murs du Parlement européen. Le Copa-Cogeca a dénoncé un plan « déconnecté de la réalité du terrain ». Pour le syndicat européen, l'absence de mesures fermes pour suspendre les droits de douane (hors Russie et Biélorussie) et la taxe carbone condamne les exploitants à foncer droit vers un « mur des engrais ». L'organisation prévient que sans des mesures économiques rapides et efficaces, la crise agricole se transformera inévitablement en inflation alimentaire pour les consommateurs européens, menaçant la sécurité alimentaire à l'échelle mondiale.•

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