Déshydrater plus... et trouver de nouveaux débouchés
L'UCDV aura vécu une campagne 2025-206 frustrante, marquée par d'importants volumes traités mais une chute des prix des granulés. La coopérative travaille donc son sourcing et cherche de nouveaux débouchés.
L'UCDV aura vécu une campagne 2025-206 frustrante, marquée par d'importants volumes traités mais une chute des prix des granulés. La coopérative travaille donc son sourcing et cherche de nouveaux débouchés.
« Nous sommes tous un peu déçus... » Voilà comment la présidente Laure Figeureu-Bidaud a résumé la campagne 2025-2026 des Usines coopératives de déshydratation du Vexin (l'UCDV), lors de l'assemblée générale le 23 septembre à Étrépagny (Eure). En effet, tout semblait au vert. La matière était là, disponible en quantité, notamment grâce à des rendements betteraviers importants. « Nous avons pu traiter des volumes de pulpes excédentaires des sucreries Cristal Union de Fontaine-le-Dun et Saint-Louis Sucre à Étrépagny », souligne Thomas Lavenu, directeur de l'UCDV. Au total ce sont ainsi 76 122 tonnes (+ 7,1 %) de pulpes qui ont été surpressées par l'UCDV au sein de l'usine Saint-Louis Sucre. Ces volumes ont aussi naturellement profité à l'usine de déshydratation qui a traité 181 000 t de ces pulpes surpressées pour produire près de 64 000 t de granulés (+ 7,7 %).
Les mauvaises nouvelles sont venues d'ailleurs. Des marchés d'abord, qui ont vu l'effondrement du prix des granulés par excès d'offre, tant en betterave qu'en luzerne. Pour cette dernière, les prix de vente sont tombés à 195 euros/t contre 213 euros/t l'an dernier. De plus, si les surfaces contractualisées par l'UCDV sont globalement stables, la faiblesse des rendements et des conditions de marché défavorables ont conduit la coopérative à réduire ses entrées en quatrième coupe. Au total 22 332 t de luzerne ont été déshydratées (- 3,9 %). En parallèle, l'augmentation globale du coût de l'énergie a gommé les efforts sur les charges réalisés par la coopérative. Dis plus clairement : les charges sont stables par rapport à l'an dernier, alors qu'elles auraient normalement dû baisser.
Un léger déficit pour assurer la rémunération des producteurs
Au final donc la campagne se termine pour l'UCDV par un léger déficit de 103 000 euros. « Notre volonté était de maintenir le niveau de rémunération des producteurs », explique Laure Figeureu-Bidaud, qui note aussi « l'intérêt de l'outil coopératif qui permet de lisser les à-coups ». Ce déficit ne met pas pour autant en péril l'UCDV. La coopérative avait enregistré un résultat net de 206 000 euros l'an dernier, et ses finances sont saines avec notamment un très faible endettement - le ratio d'indépendance est de 94,7 %.
Elle dispose en outre d'un matelas de crédits carbones, qu'elle revend - avec parcimonie - sur le marché. Cette bonne gestion devrait aussi permettre à l'UCDV de franchir le cap difficile qui se présente encore devant elle avec la campagne qui débute. « Sans trahir de secret, la sécheresse historique que nous endurons, réduira significativement nos volumes de transformation », pointe la présidente. De plus, l'arrivée à maturité de l'unité de méthanisation de Cristal Union en Seine-Maritime et la baisse du nombre d'hectares contractualisés par Saint-Louis Sucre, vont impacter fortement les tonnages traités par l'usine de Saussay-la-Campagne.
Aller chercher des volumes à déshydrater
« Une usine, c'est un peu comme un poids mort que vous devez porter, quoi qu'il arrive », rappelle Laure Figeureu-Bidaud. « Si les volumes deviennent trop faibles, le coût de revient augmente. En temps normal, disons sur une production de 60 000 t de granulés, chaque 10 000 t supplémentaires nous font gagner 10 euros de prix de revient. » Alors l'UCDV se mobilise et fait feu de tout bois pour assurer son activité et rentabiliser son outil. « La résilience passe donc par notre capacité à aller chercher des volumes à déshydrater », insiste encore l'agricultrice, qui cherche à saturer son outil. Ainsi, outre le travail de sourcing réalisé auprès des sucreries, la coopérative cherche à développer les surfaces contractualisées en luzerne en mettant en valeur les atouts agronomiques qu'elle représente (lire ci-dessous). « Notre problème c'est qu'au-delà de 40 km autour de l'usine, les coûts logistiques sont élevés », relève-t-elle. « Il faut donc constituer des pôles d'au moins 40 ha pour amortir le transport ».
Diversifier les débouchés
Autres produits sourcés, le miscanthus et le lin viennent apporter des tonnages complémentaires intéressants. 460 tonnes d'anas de lin issus des teillages du Neubourg, du Vert Galant et Depestele ont ainsi été traités en 2025-2026. Et ce devrait être 480 tonnes cette année.
L'incorporation de nouveaux tonnages s'accompagne du développement de nouveaux marchés. Le lin, notamment, aujourd'hui orienté vers le paillage, pourrait ouvrir un nouveau débouché dans l'alimentation animale. De quoi accompagner favorablement le retour en grâce de la luzerne sur ce marché, grâce à la révision à la baisse de son poids carbone, qui était jusqu'ici le même que celui du soja.•
La luzerne : une culture rentable ?
Au cœur du Vexin, la luzerne a parfois du mal à trouver sa place au sein des exploitations. Réputée, à juste titre, excellente tête de rotation, elle reste peu valorisée comparée à d'autres cultures. Pourtant, pour Luzerne France, ce raisonnement n'intègre pas ses bénéfices à long terme. Pour les mesurer, l'interprofession a réalisé une première étude en croisant les données de gestion de plus de 650 exploitations agricoles de la Marne. Un choix géographique pensé pour répondre aux exigences de la statistique. " Si nous avons choisi la Marne, c'est que la luzerne y est très présente et que les systèmes d'exploitation y sont comparables ", explique Clara Poëntis, chargée de mission chez Luzerne France. Là-bas, la culture de la luzerne est étroitement liée à celle de la betterave sucrière.
Les conclusions sont sans appel : les résultats économiques des exploitations intégrant la luzerne sont systématiquement supérieurs à ceux des autres exploitations. " L'excédent brut d'exploitation annuel est supérieur de 23 à 62 euros/ha. Et le résultat d'exploitation, de 53 à 65 euros/ha. " Exploitée grâce à du matériel de Cuma ou d'ETA, la luzerne pèse en effet peu sur l'endettement. Et, souvent présente depuis longtemps dans les exploitations, elle améliore le rendement de toutes les autres cultures. En betteraves, par exemple, il est supérieur de 3 à 5 t/ha. Si les charges d'engrais et de semences sont supérieures (engrais de fond et davantage de semences de betteraves), celles liées aux produits phytosanitaires et à la mécanisation diminuent. " Au final, on enregistre un gain de 71 euros/ha à l'échelle de la rotation, conclut Clara Poëntis. Alors, c'est vrai qu'il y a une part imputable à la betterave, mais le résultat est là. "