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Ces sociétés qui gèrent des exploitations pour autrui

Ils ne possèdent ni foncier, ni machines agricoles, mais ils gèrent des exploitations agricoles, souvent de grandes cultures, et sont rémunérés en partie sur la marge dégagée. Ce sont les gestionnaires d'exploitations agricoles, un métier en développement qui consiste, pour quelques sociétés, à gérer des terres pour le compte de propriétaires de foncier, en faisant appel à des entreprises de travaux agricoles.

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Confier sa ferme à un tiers qui en assure la gestion est une démarche qui se développe dans les régions d'élevage.
© JC GUTNER

Comme le révélait le magazine Réussir Grandes Cultures en mai, d'après les recherches menées par la chercheuse de Toulouse Geneviève Nguyen, 12 % des exploitations françaises de grandes cultures seraient gérées par un tiers, de A à Z. Si leurs propriétaires conservent le statut d'agriculteur, au quotidien ces fermes sont gérées par des entreprises de travaux agricoles ou par des sociétés de gestion d'exploitations agricoles. Ces dernières sont plus rares, et en plein développement depuis une quinzaine d'années en France.Elles ont pour nom Ag'Conseil02, Terréa ou Agriland et proposent de faire l'intermédiaire entre les propriétaires de foncier agricole qui voudraient déléguer, et les entrepreneurs de travaux agricoles. Ces sociétés se rémunèrent généralement par un forfait à l'hectare (entre 40 et 60 euros/ha en fonction du temps consacré) et un pourcentage de la marge agricole (de 1 à 15 % selon les entreprises). « Il y a autant de contrats que de clients », explique Damien de Riberolles, responsable d'Agriland en France.


« 50 % d'agriculteurs,50 % d'héritiers »
La typologie de leur clientèle est relativement large. Ce sont des agriculteurs en place, des retraités, des personnes qui viennent d'hériter ou des investisseurs qui veulent diversifier leur patrimoine, expliquent-ils. « En France, 50 % de nos clients sont des exploitants qui ont déjà mis des bottes mais se sont spécialisés, rapporte Damien de Riberolles. Certains se sont lancés dans le commerce de pommes de terre, d'autres ont de multiples casquettes au syndicat ou à la chambre d'agriculture, d'autres ont des projets hors agricoles. Et 50 % de nos clients ont hérité et veulent garder leurs terres libres de bail ». Selon Damien de Riberolles, de plus en plus de retraités veulent garder leurs terres libres de fermier. « Avant, quand le fils ne voulait pas reprendre, les agriculteurs vendaient, explique-t-il. Depuis un an ou deux, ils veulent garder le lien. Même pour une rémunération de 50 ou 60 euros de l'hectare, ils le gardent. C'est une certitude d'emploi, une possibilité de se retourner ». Plus généralement, la terre apparaît dans ces investissements comme une activité suffisamment lucrative pour être déléguée, mais pas assez pour s'y consacrer soi-même. « On se pose beaucoup de questions sur le capital investi en agriculture, explique Alexandre Lemaire, dirigeant de Terrea, en Seine-et-Marne. Le rapport est de 3 % en céréales ; les gens ne souhaitent plus investir de temps, ils estiment que ça leur rapportera plus de développer une autre activité ».

« C'est amené à se développer »
Ces sociétés ne possèdent ni foncier, ni machine agricole. Elles se positionnent comme des compléments aux entreprises de travaux agricoles, qui effectuent les travaux. « Pour être un vrai conseiller, il ne faut pas être juge et partie, explique Alexandre Lemaire. Si le labour n'est pas bien réalisé par les entreprises de travaux agricoles, mon rôle à moi, c'est d'alerter. Nous défendons les intérêts du propriétaire exploitant ». Alexandre Lemaire exerce ce métier depuis une quinzaine d'années. Il a monté sa société il y a sept ans, qui gère aujourd'hui 3500 hectares. « On a remarqué que dans les grosses entreprises de travaux agricoles, l'aspect technique et conseil était délaissé et que cela avait un impact économique sur l'exploitation, explique-t-il. Nous avions aussi eu des demandes au préalable, de gens qui préfèreraient ne plus avoir de salariés. »
Agriland a été créé en Belgique en 1985 par trois propriétaires qui se sont rencontrés au service militaire et voulaient garder leurs terres libres de bail de manière transparente, retrace Damien de Riberolles. Ils gèrent aujourd'hui 12 000 hectares en Belgique, un peu moins de 3 000 en France. « Quand je suis arrivé en France, on m'a dit : vous avez un métier d'avenir, rapporte-t-il. Bon, certes, c'est amené à se développer, mais je ne fais pas une croissance à deux chiffres ! »

« La majorité du risque est prise par l'agriculteur »
Investis dans la gestion de l'exploitation et associés aux résultats, on pourrait presque parler d'eux comme des agriculteurs. Mais ils s'en défendent. « Moi je suis un conseiller, un prestataire de services. Il y a toujours un agriculteur, explique Alexandre Lemaire. Je prends une partie du risque économique sur mon service, mais la majorité du risque est prise par l'agriculteur, qui continue à agir comme un agriculteur normal ».
La situation devient encore plus complexe lorsqu'ils gèrent des exploitations dont une partie des terres se trouve en fermage. Certaines sociétés choisissent de ne pas intervenir chez les fermiers, considérant que l'exploitant en fermage prend un risque de résiliation de son bail par le propriétaire. D'autres en revanche considèrent ce schéma comme parfaitement légal.

L'activité se développe dans les régions d'élevage
Si elle s'est développée dans le Bassin parisien, la gestion pour autrui n'est plus l'apanage des grandes cultures. Agriland a ouvert une filiale dans l'Ouest, il y a un an et demi. Sur ces territoires de polyculture-élevage, Agriland intervient dans des exploitations diversifiées, qui veulent se concentrer sur l'élevage, et déléguer complètement les cultures. D'ailleurs dans les plaines, un gestionnaire peut intervenir dans des exploitations qui conservent du matériel et où travaille déjà un chef de culture. « On intervient en conseil, pour conforter le chef de culture qui est en day to day », explique Alexandre Lemaire.
Comment se répartissent les rôles entre le propriétaire et le gestionnaire ? « C'est moi qui commande les intrants et qui vends les céréales, mais la facture d'achat ou de vente est validée par les agriculteurs, explique Damien de Riberolles. Le gestionnaire fait un tour de plaine tous les dix jours. Il envoie un SMS à l'ETA et à l'exploitant. Ils viennent ou non, et je leur fais un reporting ». Les gestionnaires vont jusqu'à orienter les choix futurs de l'exploitation. « Nous agissons comme un gérant de société qui doit prendre des décisions, même structurelles, explique Alexandre Lemaire. Partir en bio, développer les cultures industrielles, se regrouper avec des exploitations voisines. Mais c'est toujours l'agriculteur qui a la décision ».

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