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Bergerie ou pâturage : deux économies pour un même métier

Dans l'Oise, deux éleveurs ont fait des choix opposés pour leur atelier ovin : une bergerie neuve à 200 000 euros d'un côté, un système herbager monté avec l'existant de la ferme de l'autre. Entre coûts d'alimentation, calendrier de vente et pénibilité du travail, aucun des deux systèmes ne s'impose dans l'absolu.

Les chiffres du réseau Inosys* et l'éclairage du technicien ovin de la Chambre d'agriculture de l'Oise permettent d'y voir plus clair.

Bergerie ou pâturage : deux économies pour un même métier

Baptiste Linstruiseur s'est installé à Nivillers en 2016. Sans pâture disponible sur son exploitation céréalière, il a construit sa bergerie de toutes pièces, pour un investissement initial de 200 000 euros, bâtiment et aménagement compris, auquel s'ajoute l'achat du cheptel.

Xavier Desmet, à Auger-Saint-Vincent, a pris le chemin inverse. Sur ses 200 hectares de grandes cultures, il a démarré son troupeau en 2023 avec l'existant de la ferme : un vieux bâtiment, du matériel récupéré, quelques cuves transformées. Sa plus grosse dépense a été d'équiper un quad pour poser les clôtures mobiles. « Je voulais faire avec l'existant, que ce soit très léger ».

Arnaud Cuvillier, technicien ovin à la Chambre d'agriculture de l'Oise, confirme cet écart de capital : le plein air « demande très peu de capitaux à l'entrée », quand la bergerie « emmène tout de suite sur des emprunts de 5 à 10 ans ».

L'alimentation fait la différence

L'alimentation creuse ensuite l'écart. Une brebis en bergerie consomme environ 300 kg d'aliments par an, contre une centaine en plein air, selon le technicien. Les résultats Inosys 2023 le confirment : l'aliment acheté revient en moyenne à 3,90 euros par kilo de carcasse en bergerie contre 3,10 euros en plein air.

Baptiste chiffre sa ration de base à 14 centimes par brebis et par jour, à base de paille, d'orge, de pulpe et de tourteau de colza, d'enrubannage de luzerne en fin de gestation et de lactation pour limiter la facture.

Xavier, lui, mise sur ses couverts végétaux et n'achète du fourrage qu'en cas de coup dur, comme cet été de canicule où il a dû acheter dix tonnes de luzerne. Il a depuis semé sept hectares de luzerne sur sa ferme pour sécuriser son autonomie : « Je veux être le moins dépendant possible de l'extérieur. »

Le coût du fourrage, inexistant en plein air, s'élève à 2,10 euros par brebis et par an en bergerie.

Cette alimentation plus riche accélère la croissance des agneaux en bergerie : Baptiste les sort à 120 jours, pour 46 kg vifs et 21 kg de carcasse, ce qui lui permet de viser les pics de prix de Noël et de Pâques avec deux lots d'agnelage décalés.

Chez Xavier, il faut compter de trois mois et demi à six mois : « Je ne suis pas dans un modèle où trois mois après la naissance, ils font 40 kg. C'est impossible chez moi. » Les chiffres du réseau nuancent toutefois l'image d'un plein air moins performant : en 2023, la productivité numérique (le nombre d'agneaux sevrés par brebis présente) atteint 155 % en plein air contre 128 % en bergerie, portée par une meilleure fertilité et prolificité, malgré une mortalité des agneaux légèrement supérieure (17 % contre 15,5 %). « Pour ma part je suis à 150 % », indique Baptiste, qui est aussi sélectionneur de race île-de-France et fait de la vente directe en caissette.

Sur la marge brute avec aides, le réseau Inosys situe la moyenne à 134 euros par brebis en semi-bergerie, 133 euros en plein air, contre seulement 84 euros en bergerie. Le poste alimentaire, plus lourd en bâtiment, pèse directement sur ce résultat, tout comme le ratio charges opérationnelles sur produit brut, qui grimpe jusqu'à 75 % dans certaines bergeries contre 20 à 35 % en plein air. Les aides suivent la même tendance : 67 euros par brebis en moyenne en plein air contre 42 euros en bergerie, selon les données régionales par système.

Moins de temps, plus d'aléas

Reste la question du travail et des aléas. Baptiste apprécie la facilité de manipulation en bergerie et la maîtrise de l'alimentation, brebis maigres allotées à part, agneaux sous surveillance permanente, mais avec une astreinte quotidienne matin et soir. Son principal risque sanitaire, la coccidiose, l'oblige à curer le fumier après chaque agnelage.

Xavier passe moins de temps dans son élevage au quotidien, mais reste sous tension pendant l'agnelage, avec jusqu'à quatre passages par jour, et doit composer avec les attaques de chiens, le vol et une pression du loup qu'il juge inévitable à terme.

La canicule, elle, touche les deux systèmes : Baptiste a dû laisser ses portes ouvertes jour et nuit, Xavier a mis ses bêtes à l'ombre des bois.

Pour Arnaud Cuvillier, les deux systèmes ont autant d'avenir l'un que l'autre : « Les deux ont leurs avantages, leurs inconvénients. Il faut choisir le type de production d'agneaux en fonction de la spécificité de son exploitation. » Ressources fourragères, présence de bâtiments, accès aux coproduits et disponibilité en main-d'œuvre restent, selon lui, les vrais critères de choix, avant toute question de rentabilité théorique. « Ce qui pèse aujourd'hui sur la filière, c'est le manque d'agneaux. Sur 10 agneaux achetés, seuls 4 sont produits en France. Les prix à l'abattoir sont pourtant porteurs et l'élevage ovin reste complémentaire des grandes cultures. »•

* Résultats technico-économiques 2023 des fermes ovines du Nord-Ouest.

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