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Festival de la terre à Saint-Sauveur-d'Emalleville
Antoine Lasnon : « J’ai toujours eu l’idée de m’installer jeune »

Antoine Lasnon est agriculteur à Hugleville-en-Caux. Il vient de s’installer en SCEA ce mois de mai 2023 avec ses parents Isabelle et Éric, polyculteurs éleveurs. Il s’occupe de la conduite des cultures sur l’exploitation et de l’entretien du matériel.

Antoine Lasnon et son père éric lors d’un semis de colza.
© Isabelle Lasnon

« Mes parents, qui sont très ouverts d’esprit et d’accord pour évoluer, me laissent énormément de place. J’ai toujours eu l’idée de m’installer jeune dans le contexte familial, et dès lors qu’un associé s’en allait –, ce qui fut chose faite avec le départ à la retraite de mon oncle Thierry –, il m’a semblé logique de m’installer. Puis j’estimais aussi avoir suffisamment d’expérience pour le faire », explique Antoine Lasnon, 21 ans, qui représente ainsi la quatrième génération d’agriculteurs sur la ferme. Une intégration sur un terrain connu tout en douceur en somme ! Ses domaines de prédilection sont la mécanique agricole et la conduite de cultures, en particulier celle du lin. « Mon père voulait passer la main sur la conduite des cultures, il était lassé de s’en occuper, surtout de la partie administrative avec le plan d’épandage, l’enregistrement des interventions, la sélection des produits… Comme cela m’intéressait, il m’a proposé de m’en occuper. J’ai d’abord été son suppléant quelque temps quand j’étais à la maison. Il m’a dit “tant que tu fais aussi bien que nous, on ne te dira rien”. Je propose, on discute et ensuite il me laisse les pleins pouvoirs sur le choix des cultures, des assolements, des rotations, des traitements. Il me fait entièrement confiance. »  
Les terres sont conduites en agriculture conventionnelle. « J’ai un peu envie de changer la façon de travailler le sol mais en y allant progressivement », précise le jeune agriculteur. Qu’il s’agisse de conventionnel ou d’agriculture de conservation, aucun système n’est meilleur qu’un autre lui semble-t-il. Mais il convient avant tout de trouver celui qui permettra à l’exploitation de dégager le maximum de résultats en termes agronomiques, et notamment en diminution de travail du sol. Prudent, il expérimente des techniques sur des petites surfaces et sur les intercultures afin d’en tirer des enseignements. Cette année, il va plus investir dans les semences et faire l’analyse comparée à l’option travail du sol qu’il avait prise l’année précédente.
Pour suivre l’activité de ses sols, il a creusé des fosses dans les parcelles pour voir quelles étaient les zones de compaction. Afin d’être plus précis dans les apports et de couvrir au mieux les besoins pour économiser les engrais, il a décidé de réaliser des analyses de sol en potasse, phosphore et matière organique avant d’implanter du lin sur toute l’exploitation au cours des six prochaines années.
S’ouvrir pour voir un maximum de choses fut le fil conducteur d’Antoine Lasnon pendant ses années de formation avant de s’installer.

Esprit d’ouverture

Après le collège, c’est à la MFR de Buchy qu’il retrouve le goût d’apprendre en intégrant une troisième professionnelle à la suite de laquelle il préparera un bac pro agroéquipement spécialité productions végétales. Il enchaînera ensuite par un BTS Analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole à l’Institut Genech (59) dans la région lilloise en formation continue. Au cours de cet enseignement agricole, il diversifie ses expériences avec des stages dans l’agroéquipement – chez Ducastel et Neufville, concessionnaires agricoles seinomarins –, dans une linière chez Depestele, en production laitière dans trois exploitations laitières dont une ayant une unité de méthanisation, chez un producteur de pommes de terre en bio et conventionnel dans les Hauts-de-France, chez un négociant en paille en Côte-d’Or ou bien encore dans une exploitation maraîchère à Marbella en Espagne. Pendant deux saisons, il s’occupera de chantiers d’arrachage et d’écapsulage de lin pour Terre de lin. « J’aimais bien découvrir d’autres façons de travailler, j’aimais bien le changement aussi », se souvient le jeune installé.

S’installer ne signifie pas s’enfermer

« En m’installant jeune, je n’ai pas l’impression de m’enfermer sur la ferme, ni dans le travail. Je garde une ouverture d’esprit pour découvrir d’autres systèmes de production sans forcément avoir besoin d’être sur place, en m’intéressant à ce qui se passe chez les voisins, chez les copains, pour voir ce qui marche et pourquoi pas en l’essayant sur la ferme », explique-t-il.

JA 76

À l’instar de son père, responsable syndical du syndicat d’exploitants agricoles de Yerville à la FNSEA 76, il a rejoint le syndicat JA 76. « JA m’apporte beaucoup en ouverture d’esprit, c’est l’occasion de rencontrer d’autres jeunes et d’échanger ».
Pour préparer son installation, plus d’une année aura été nécessaire. Le temps de prendre des conseils avisés et de construire un projet pour que chacun des associés de la structure puisse évoluer ensemble vers le meilleur. •

 

Quelques repères

L’exploitation agricole est en polyculture élevage allaitant. Elle comprend un troupeau de 50 limousines, atelier conduit par les parents d’Antoine. 30 ha sont dédiés aux herbages et 180 ha aux cultures dont 30 à 40 ha pour le lin. Éric Lasnon propose aussi des prestations de services agricoles. Jusqu’en 2016, il y a eu un atelier lait de 100 vaches laitières qui a cessé faute de pouvoir garder durablement un salarié agricole. « J’espérais former un responsable de l’atelier lait qui serait complètement autonome pour épauler ma femme Isabelle. On a formé trois jeunes en six ans. Au bout de deux ans, les jeunes que nous formions partaient, non parce qu’ils s’ennuyaient à la maison mais parce qu’ils avaient envie de bouger ou qu’ils avaient trouvé une autre voie. Mon frère a eu cette réflexion : “dans dix ans on n’aura plus de vaches, autant arrêter maintenant” », raconte Éric Lasnon.

 

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