Aller au contenu principal

Aides départementales et PLUi pour sauvegarder les clos-masures

Des aides départementales existent pour des travaux de sauvegarde des clos-masures. Dans leur PLUi (Plan local d'urbanisme intercommunal), des collectivités proposent une transition douce entre héritage cauchois et besoins contemporains.

Au nombre de 900 sur les 40 communes du pays de Caux, les clos-masures sont loin d'être tous en bon état. Ces fermes traditionnelles qui font l'identité de la petite région agricole deviennent vulnérables.

Un ensemble unique au monde

Nés au XVIIe siècle, les clos-masures sont le fruit de l'ingéniosité des agriculteurs cauchois en réaction aux contraintes du territoire. Aujourd'hui les bâtiments agricoles qui les composent ont pour beaucoup perdu leur vocation initiale et disparaissent petit à petit. Le Département de Seine-Maritime s'est engagé dans la sauvegarde et la valorisation de ce patrimoine, en attribuant aux propriétaires une aide financière à la restauration : la demande doit concerner un clos-masure possédant au moins deux bâtiments agricoles traditionnels, ceinturé d'un talus ou fossé planté d'arbres de haut-jet sur au moins deux côtés en angle et situé dans une commune de moins de 5 000 habitants.

Sur le volet bâti, les aides départementales concernent les murs, la couverture, la charpente et les travaux de sauvegarde temporaire. Sont exclus les bâtiments transformés en logement et les travaux d'entretien (gouttières, plomberies et électricité).

Surveillé régulièrement et entretenu, ce patrimoine fragile peut être conservé dans un état satisfaisant et ne pas nécessiter de travaux de restauration trop onéreux.

L'eau principale ennemie

Le vieillissement des matériaux de couverture (ardoises ou tuiles) crée des entrées d'eau, altérant les bois de charpente. Même si ce n'est pas très esthétique, un bac acier étanche est préférable à une toiture traditionnelle endommagée.

Jusqu'au XVIIIe siècle, la gestion des eaux pluviales se faisait en les rejetant loin de la base des murs grâce à des systèmes de débords de toits. Le développement de l'industrie du zinc a permis la généralisation des gouttières, descentes d'eaux pluviales, zingueries, arêtiers, noues de toiture. Si ces systèmes de récolte des eaux sont endommagés ou fissurés, l'eau provoque la détérioration des joints qui assurent la cohésion de la maçonnerie. Il est important d'inspecter tout le système de récolte des eaux pluviales jusqu'à l'évacuation vers une citerne, une mare ou une cuve enterrée.

Les murs anciens sont composés de matériaux assemblés avec de la terre ou du sable et de la chaux. En l'absence de gouttières et sur un terrain mal drainé, les soubassements sont exposés au rejaillissement de l'eau de pluie et aux remontées capillaires.

Bannir le ciment

Utiliser du ciment comme joint, en pensant sauvegarder les soubassements est une erreur : il enferme l'humidité dans le mur et l'empêche de s'évacuer.

Les pignons des bâtiments agricoles sont parfois clos sur la pointe par une charpente recouverte d'un bardage de planches. Ces clins sont souvent fragilisés et une attention particulière doit être portée à leur entretien ou leur rénovation, car ils sont caractéristiques de l'architecture cauchoise.

Le lierre et les arbustes dégradent les joints des murs anciens. Le lierre doit être enlevé dès l'apparition de la première petite branche.

Il est important de savoir repérer les situations à risque pour traiter rapidement la cause : présence d'ardoises ou de tuiles dans les gouttières ou au pied des murs, taches vertes sous les gouttières ou le long des maçonneries, fissurations sur les murs ou au niveau des linteaux, chutes de briques ou de silex, désolidarisation de la maçonnerie, joints lessivés, coulures sur les murs ou flaques d'eau à l'intérieur du bâtiment.

Réglementation dédiée dans le PLUi

Les collectivités sont conscientes de la fragilité de ce patrimoine face aux évolutions des pratiques agricoles et aux pressions foncières. Par exemple, le PLUi du Havre Seine Métropole approuvé en février 2026 précise une réglementation dédiée aux clos-masures qui est entrée en vigueur au 1er avril.

Un travail de recensement des clos-masures a d'abord été mené par l'agence d'urbanisme AURH (Agence d'urbanisme Le Havre - Estuaire de la Seine) afin d'identifier tous les sites et de les classer selon leur état de conservation :

  • les clos-masures qualifiés de remarquables sont ceux qui présentent une valeur exceptionnelle : conservation ou restauration des talus plantés, constructions traditionnelles et vernaculaires typiques du pays de Caux, présence de mares et/ou de vergers. Ces clos-masures représentent environ 3 % des clos-masures du territoire ;
  • les clos-masures qualifiés d'intérêt représentent environ 40 % de ceux qui sont répertoriés. Ils ont conservé leurs caractéristiques originelles mais ont connu quelques évolutions mineures ne remettant pas en cause leur qualité patrimoniale ;
  • les clos-masures dégradés. Ils ont perdu partiellement leurs caractéristiques originelles et leur cohérence d'ensemble (environ 35 %).
  • les clos-masures dont les caractéristiques originelles ont été totalement effacées (environ 22 %).

L'inventaire permet de définir les niveaux de protection les plus appropriés. Pour chaque clos-masure une fiche descriptive donne des informations sur l'état de la ceinture arborée et l'état global des bâtiments, la présence ou non d'une mare et d'un verger.

Allié essentiel face aux aléas climatiques

L'agence d'urbanisme AURH a publié un article sur le rôle des clos-masures dans la biodiversité et la résilience du territoire, au-delà de leur fonction agricole et du patrimoine paysager et identitaire : ils sont reconnus comme étant «  des alliés pour faire face aux aléas climatiques actuels et à venir. Les arbres entourant les clos-masures créent un microclimat plus favorable aux hommes et aux activités agricoles en limitant l'accentuation du froid par le vent en hiver, et en favorisant la fraîcheur en été grâce aux ombres portées des arbres. Les mares et les talus jouent, quant à eux, un rôle hydraulique indispensable pour limiter les ruissellements auxquels le territoire est particulièrement sensible... Aménagées à l'origine au niveau des axes de ruissellement pour assurer leur recharge naturelle et donc l'approvisionnement en eau des fermes de l'époque, les mares stockent les eaux de pluie et atténuent les ruissellements... Les talus plantés cassent la vitesse des écoulements et favorisent l'infiltration des eaux ».

Accompagner l'évolution et respecter l'esprit des lieux

Pour préserver ce patrimoine fragile, plusieurs outils du PLUi ont été mobilisés et une attention particulière a été portée aux clos-masure encore sièges d'exploitation agricole afin de ne pas entraver leur développement.

La construction ou l'agrandissement de bâtiments, nécessaires à l'évolution des activités agricoles, peuvent parfois nécessiter la destruction de talus plantés, de mares ou de vergers. Pour ces clos-masures particuliers, les alignements d'arbres remarquables sont protégés uniquement au titre de l'article L.151-23 du Code de l'urbanisme, protection plus souple que les espaces boisés classés. En cas de destruction d'éléments pour l'adaptation d'une exploitation, l'outil OAP (Orientation d'aménagement et de programmation) du PLUi impose des mesures de compensation. Il définit les grandes ambitions pour la sauvegarde des clos-masures remarquables ou d'intérêt, mais propose des solutions pour gérer les projets d'agrandissement et les alignements boisés en conciliant confort d'usage et respect du patrimoine.•

Direction de la culture et du patrimoine du Département : patrimoine@seinemaritime.fr  Le CAUE 76 apporte une aide gratuite sur des projets de rénovation. Architectes et artisans qualifiés peuvent diagnostiquer et accompagner pour définir les travaux à engager et les réaliser.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Union agricole

Les plus lus

Le suivi sanitaire ne s'improvise pas : la performance de l'élevage repose sur un travail d'équipe et une confiance étroite entre Éric Monnet, à gauche et Jérémy Vimbert.
« En médecine rurale, nous avons affaire à des professionnels »

Vétérinaire mixte à Saint-Romain-de-Colbosc depuis plus de vingt ans, Éric Monnet revient sur l'évolution de sa pratique :…

"La transmission en questions"

La section des Seniors agricoles proposera lors de ses réunions de secteur une information sur la transmission avec des…

Récoltes céréalières 2026 : les plus précoces en Normandie depuis 20 ans

Les situations météorologiques extrêmes de janvier à juin expliquent des rendements en baisse, mais pas catastrophiques, pour…

La filière céréales est en forte progression au premier semestre, avec 4,07 Mt traitées, soit une hausse de 33 % par rapport aux 3,06 Mt enregistrées sur la même période 2025, portée par une très bonne campagne céréalière au premier semestre 2026.
Haropa Port : premier semestre très dynamique pour les céréales
À la mi-année 2026, Haropa Port confirme sa bonne dynamique en partie grâce aux 4,07 millions de tonnes de céréales traitées au…
Samuel Crèvecœur, président de la section de Fontaine-le-Dun chez Cristal Union, et Christophe Croison, directeur de l'usine, posent devant le nouvel évaporateur à 6 effets.
La campagne betteravière a démarré dans les temps à Fontaine-le-Dun

Les importants travaux engagés lors de l'inter-campagne ont été achevés à temps. Le site seinomarin de Cristal Union a pu…

Embauche des saisonniers : guide pratique
Face à la complexité des démarches réglementaires en période de forte activité, la MSA a édité le guide "J'embauche un saisonnier…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 300 €/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site L'Union agricole
Consultez le journal L'Union agricole au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters du journal L'Union agricole