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Agroéquipement : peut-on cumuler débit de chanter et préservation du sol ?

Pour gagner en productivité, les agriculteurs investissent dans des machines de plus en plus grosses, moissonneuses-batteuses compris. Ce poids n’est pas sans conséquence sur le tassement du sol. Julien Hérault, conseiller en agroéquipement, livre des clés pour concilier débit de chantier et préservation des sols.

Selon Julien Hérault, pour compenser l’impact des lourdes machines sur le sol, il faut un système de production agronomiquement cohérent.
Selon Julien Hérault, pour compenser l’impact des lourdes machines sur le sol, il faut un système de production agronomiquement cohérent.
© Pexels/Wolfgang Weiser

Des moissonneuses de plus en plus larges, avec des trémies toujours plus volumineuses, et donc de lourdes machines, onéreuses… « À première vue, on peut affirmer que la course au suréquipement est mauvaise pour les finances, et mauvaise pour le tassement du sol », avance Julien Hérault, conseiller indépendant en agroéquipement. Lors du salon Innov-Agri, le 5 juin à Essigny-le-Grand (Aisne), il animait une conférence sur le thème “cumuler débit de chanter et préservation du sol”. En réalité, investir dans de grosses machines n’est « pas si déraisonné ». « Les agriculteurs sont en recherche de productivité, car les surfaces agricoles utiles (SAU) augmentent, et les unités de travail humain (UTH) régressent ». Cette problématique n’exclut pas les chantiers de moisson.

Un poids nécessaire

Le poids de la machine fait souvent son efficacité. C’est le cas pour les tracteurs. « Le poids est le premier critère de réussite de traction », ajoute l’expert. Entendez par là que pour tirer un équipement large, il faut un tracteur lourd. Deuxième critère : « la vitesse dicte les kilogrammes par cheval. » Pour lui, la confusion entre puissance et force de traction est top souvent faite. « Pour être le plus rentable possible, la performance du tracteur doit être saturée. Le critère de jugement est la consommation en carburant, qui doit être supérieure à 0,11 litre/cheval/heure. » En dessous de ce repère, le capital investi tracteur est gaspillé.
Impossible, donc, d’atteindre le zéro compaction. « La question à se poser, c’est comment la gérer. Est-ce qu’on choisit de tasser en profondeur ou en surface ? » Ainsi, une machine équipée de chenilles réduira son impact sur la surface du sol, mais pas en profondeur. « Le poids par essieu est déterminant pour le tassement en profondeur. On estime que la limite est à 6 tonnes par essieu. Or, on est souvent à plus du double. » Qu’en est-il des pneus plus larges, dont on dit qu’ils supportent une plus grande charge par livre de pression de gonflage ? « Ça n’a pas permis de mieux préserver le sol, mais plutôt d’augmenter encore plus le poids des machines. La technologie (jumelage, télégonflage, etc.) a permis de préserver… le débit de chantier », sourit le conseiller.

CTF et réduction du travail du sol

Pour lui, deux voies sont possibles pour préserver le modèle productiviste et la préservation du sol. Il préconise de pratiquer le Controlled Traffic Farming (CTF), ou “agriculture à passages raisonnés”, qui consiste à répéter les passages toujours au même endroit. « L’autoguidage permet cette technique. Une petite surface de la parcelle est alors condamnée, mais le reste est préservé. » L’entreprise Horsh a adopté cette technique dans son exploitation tchèque. Elle est convaincue de ses bénéfices en termes de préservation du sol, mais identifie certaines limites. « La répartition des pailles est plus difficile à optimiser derrière la moissonneuse-batteuse quand le travail du sol est systématiquement réalisé selon le même axe que celui de la moisson. Le recours exclusif au CTF pour le travail du sol tend à créer une forte hétérogénéité de nivellement dans les champs », indique-t-elle sur son site internet.
La deuxième voie serait celle de la réduction du travail du sol, pour un sol plus portant et plus résilient. « Le système de production sera toujours plus impactant que la technologie. » Julien Hérault termine par sa phrase culte : « la technologie ne compense pas les incohérences agronomiques d’un système. »•

 

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