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Agrivoltaïsme : premiers résultats agronomiques

L'unique installation agrivoltaïque de Normandie livre ses premiers résultats agronomiques. Des indicateurs qui, s'ils sont observés pendant neuf années au total, révèlent une première tendance en faveur du rôle protecteur des canopées photovoltaïques face au stress climatique.

Les vaches se prélassent à l'ombre... des panneaux photovoltaïques, à Souleuvre-en-Bocage (Calvados). Chez Yoann Bizet, l'expérimentation de la canopée agricole - aussi appelée ombrière photovoltaïque - souffle d'ores et déjà ses deux bougies. De ce projet encore unique en Normandie - d'autres créations sont à l'étude, notamment au Ménil-Erreux dans l'Orne - on tire les premiers enseignements. "L'agrivoltaïsme est l'un des outils pour s'adapter au stress climatique. Dans toutes nos modélisations à horizon 2035-2040, nous observons une accélération des aléas", affirme Frédéric Imbert, directeur R&D chez TSE.

"La canopée est une opportunité pour l'éleveur. Avec le retour au pâturage, il y a moins de boiteries", signifie Lucie Lorieau.

Site pilote

C'est chez Yoann Bizet, sur 170 ha de SAU, que l'installation a vu le jour fin 2023. L'éleveur compte 70 % de prairies pour 30 % de maïs grain (autoconsommation). Avant d'être approché par TSE, cela faisait 15 ans que les animaux ne sortaient plus pour des questions techniques et d'organisation du travail. L'installation de l'ombrière a sonné le retour des vaches au pré, sur un temps encore restreint, mais en progression.

"En avril 2024, la prairie a été implantée", situe Lucie Lorieau, cheffe de projet R&D agronomie élevage chez TSE, en charge du suivi des sites pilotes en élevage. Pendant neuf ans, l'entreprise finance et observe le comportement des animaux, la pousse de l'herbe, le bilan hydrique et bien d'autres critères, en lien avec l'Idele (Institut technique de l'élevage) et les Chambres d'agriculture de Normandie.

Bien-être animal

Les panneaux recouvrent 3 ha de la surface, pour un taux de couverture global de 42 %. "L'ombrage est uniforme, mais important. Sur les nouveaux systèmes mis en place, c'est moins. Les conditions sont plutôt défavorables ici et malgré tout, par rapport aux nouveaux modules, les rendements sont stabilisés sur l'année. C'est donc très prometteur", encourage Lucie Lorieau. Le cheptel a été divisé par deux, afin d'observer les vaches sous l'ombrière et en condition "normale", sur une parcelle annexe. Et force est de constater que, fin mai 2025 entre 10 heures et 11 heures, le troupeau qui disposait de l'ombrière a pu rester dehors, tandis qu'a contrario, les vaches sur la zone témoin préféraient rentrer sous le bâtiment pour se mettre à l'abri du soleil et des températures plus élevées. D'après Yoann Bizet, la température ressentie aurait varié jusqu'à 7 °C sous la canopée.

Le taux de cellules somatiques du lait n'a pas bougé, au grand plaisir de l'éleveur. "Il n'y a pas de courants parasites mesurés. Les champs électromagnétiques, sur de belles journées ensoleillées, peuvent grimper jusqu'à 0,7 microtesla, et ça uniquement sur 12 m2 sur les 3 ha totaux, au lieu du 0,05 µT habituel au champ. Le règlement autorise jusqu'à 100 µT", rassure l'experte. La canopée fait 3 MWc de puissance.

"C'est un outil technique d'adaptation au climat. [...] Nous nous appuyons sur de la donnée", insiste Frédéric Imbert.

Hydrique et pousse

Côté herbe, à période équivalente, les partenaires enregistrent + 7 % de cumul de rendement entre avril et octobre 2024 et - 8 % entre mars et octobre 2025. "Il y a beaucoup de variabilité, mais au global c'est équivalent. L'idée, c'est de poursuivre ces observations sur neuf ans pour voir si on a une tendance", indique Lucie Lorieau. Les performances à la hausse sont davantage relevées en période sèche. "Entre juin et août, en 2024, on compte 98 % de rendement en plus sous la canopée par rapport à la zone témoin, contre 52 % de plus en moyenne en 2025. Cela s'explique par la baisse de l'évapotranspiration. En moyenne, on a 35 % d'évapotranspiration en moins sous la canopée, comparée à la parcelle nue. Sur des périodes chaudes, on peut aller jusqu'à - 75 %. La corrélation est nette", note-t-elle.

Quant à la valeur nutritionnelle, en avril 2025 sous la canopée, le taux est de 20,6 % contre 14,4 % sur la parcelle témoin. En octobre 2025, cela grimpe à 20,8 % de MAT sous l'ombrière, contre 17,7 % sur la parcelle sans panneaux. Pour Frédéric Imbert, l'agrivoltaïsme pourrait être à ce titre "une sorte d'assurance récolte, un revenu fixe comme une couverture assurantielle. Si ce revenu de vente d'énergie peut permettre de maintenir la production d'herbe, c'est formidable".•

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