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Adapter son pulvérisateur au désherbage ciblé : une option crédible mais exigeante

Ouvrant d’importantes perspectives en matière de réduction des usages d’herbicide, le désherbage ciblé reste peu accessible, avec une offre matérielle en neuf restreinte et onéreuse. Arvalis a donc testé l’équipement a posteriori des pulvérisateurs.

Moins d’herbicides, un IFT réduit, et pour finir des charges qui fondent sans impacter la performance technique… La perspective du déploiement de dispositifs de désherbage ciblé en temps réel attise les intérêts. Mais l’offre “sortie d’usine” ne se déploie pas aussi rapidement qu’on aurait pu l’imaginer, rendant l’accès à cette technologie toujours coûteux. Dans ces conditions, l’adaptation a posteriori de dispositifs de détection sur un pulvérisateur peut s’envisager.

Rentable dès 25 % de surface traitée

D’autant que de récents essais réalisés par Arvalis sur ses Digifermes (Desbourdes & Perriot, 2024) démontrent que l’efficacité du système reste réelle. L’institut a testé un pulvérisateur porté de 15 mètres de large rééquipé avec les capteurs de détection CarbonBee (placés tous les 3 m) et une régulation BBLeap qui permet de réaliser des applications on/off à la buse. Les essais, réalisés sur maïs et prairie, montrent que cette technologie est opérationnelle sur des pulvérisateurs équipés a posteriori : les algorithmes détectent efficacement les adventices et les buses répondent avec précision.
Une analyse multicritère montre une légère augmentation du temps de travail, mais une réduction de l’IFT herbicide jusqu’à 35 % pour une marge nette équivalente à un traitement en plein dès 25 % ou moins de surface traitée. « Il y a un énorme potentiel. On est sur des économies de produit de l’ordre de 80 à 99 % ! », relève Caroline Desbourdes, spécialiste de l’agriculture de précision chez Arvalis, qui rappelle toutefois que cette technologie ne concerne que des applications de rattrapage.

De nombreuses adaptations nécessaires

Efficace donc. Néanmoins, équiper a posteriori son pulvérisateur suppose de prendre le temps de la réflexion. Le rétrofit a d’abord un coût ; de l’ordre de 3 500 euros HT par mètre linéaire de rampe. Et tous les matériels ne sont pas adaptés. « On installe les caméras sur la rampe. Il faut donc un minimum de stabilité de la rampe, sans quoi le capteur va voir l’adventice, mais la buse ne va pas s’ouvrir au bon endroit », pointe Caroline Desbourdes.
Surtout, le rétrofit suppose des adaptations d’envergure du pulvérisateur, qui ne peuvent être réalisées sans un important appui technique. « On change quasiment tout : l’électronique, la régulation, le système de buses… En outre, chaque algorithme est spécifique d’un capteur. Le faire seul, supposerait de s’y connaître en capteurs, en électronique, d’être capable de changer la régulation et de mettre toutes ses buses en système PWM. Moi, personnellement, je ne m’y risquerais pas », sourit la spécialiste.

« C’est encore un peu tôt »

D’ailleurs, les essais conduits par Arvalis montrent la difficulté d’obtenir une performance maximale. « Dans 2,5 à 4 % des situations, les buses étaient ouvertes alors qu’elles n’auraient pas dû l’être en l’absence d’adventices détectées. Cette erreur provoque la pulvérisation d’une zone plus importante, mais qui sera toujours moindre par rapport à un passage en plein. En revanche, 6 à 10 % des situations sont problématiques : les buses restent fermées malgré la détection d’adventices. »
Le rétrofit pour un désherbage ciblé reste donc une solution risquée pour le moment. « Cela reste un peu tôt », souffle Caroline Desbourdes. Mais cela offre des perspectives pour l’avenir, une alternative crédible à l’achat “en neuf” d’un outil équipé en sortie d’usine.•

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