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Quelles fleurs offrir pour la Fête des mères ?

Le 31 mai est l'occasion de célébrer la Fête des mères. À Saint-Léonard, Jérôme Aubry, qui pilote une exploitation horticole de près de 2 hectares sous abri, propose un éventail de fleurs coupées et de corbeilles.

Une explosion de couleurs, le parfum des premiers bouquets de saison et des allées qui ne désemplissent pas : à Saint-Léonard, la Fête des mères se prépare aux Établissements Aubry. Pour ce rendez-vous, l'horticulteur Jérôme Aubry a choisi de bannir les produits standardisés.

En cette période, l'activité de l'exploitation s'emballe et bondit de 40 %. Dans les serres, les clients se pressent pour composer le cadeau idéal, privilégiant la bouquetterie artisanale et les suspensions végétales spectaculaires. « Les gens cherchent avant tout du local et du durable, souligne le producteur. Une belle suspension ou un bouquet fait maison, c'est un cadeau qui reste, qui s'installe sur une terrasse ou dans un jardin. C'est autre chose qu'un produit de supermarché ».

Le pari de la fleur coupée 100 % locale

C'est le projet du moment sur l'exploitation. Jusqu'ici, la fleur coupée de ses bouquets venait des Pays-Bas. Dorénavant Jérôme Aubry a décidé de produire ses propres fleurs. « En cultivant nos propres variétés, nous gardons la valeur ajoutée ».

Aujourd'hui, 3 000 à 4 000 m² de terrains extérieurs et plusieurs sacs de terreau positionnés en bandes sous serres sont dédiés à ses cultures. On y trouve des œillets cultivés selon des méthodes inspirées des producteurs espagnols, mais aussi des lisianthus et des chrysanthèmes sous abri. 

La vraie astuce technique réside dans le support de culture. Pour éviter la fatigue des sols et les maladies de racines, les œillets sont plantés hors-sol, directement dans les sacs de terreau de réemploi qui ont servi aux fraises suspendues de la saison précédente.« On arrive à faire jusqu'à trois rotations sur le même sac, ce qui limite les coûts de substrat. En revanche, ces sacs ont une réserve en eau minuscule. L'irrigation au goutte-à-goutte est réglée pour envoyer jusqu'à cinq micro-arrosages par jour. Si on loupe un cycle, les tiges trinquent tout de suite. »

Pour habiller les bouquets qu'il propose sans dépendre des grossistes, l'entreprise tente aussi le pari du feuillage d'accompagnement en plein champ. Des parcelles d'eucalyptus et de pittosporum ont été plantées. C'est encore de l'expérimentation, le temps que les arbustes s'installent, mais l'objectif à terme est clair : maîtriser l'ensemble des composants du bouquet.

Côté suspensions végétales

Pour honorer ces milliers de commandes de suspensions végétales, tout se joue des mois à l'avance. Les plantes qui les composent sont rempotées entre février et mars et les lignes d'entreposage de ces compositions se vident au fur et à mesure qu'approche la date fatidique.

Preuve de leurs succès, certains clients n'hésitent pas à avaler les kilomètres pour s'approvisionner directement à la source. C'est le cas d'un groupe d'habitués, venus spécialement de la région parisienne. « Dès que l'on vient séjourner dans le coin, c'est obligatoire, on repart les bras chargés et avec une remorque pleine de plantes ! », confie l'un d'eux. 

Pour les géraniums ou les surfinias, l'exploitation s'appuie sur des obtenteurs basés en France qui font cultiver à l'étranger. Les mini-mottes racinées arrivent ainsi d'Israël ou d'Afrique-du-Sud. Jérôme Aubry n'hésite pas non plus à tester des filières plus lointaines : « L'année dernière, j'ai acheté 3 000 jeunes plants en Amérique du Sud. Cette année, on a fait la même chose avec du cordyline. » Ces provenances lui imposent un calcul économique permanent. « C'est un arbitrage constant. Sur un chariot de transport classique, on met 1 500 plants déjà développés. Mais si on achète sans l'enracinement, ces mêmes 1 500 plants tiennent dans un carton. Le coût de transport s'effondre alors. En revanche, pour faire leur enracinement, nous consommons du gaz pour chauffer les serres dès février. »

Une infrastructure soigneusement pensée

Pour sécuriser ses cultures exigeantes, l'exploitation a dû miser sur une certaine infrastructure.

  • L'autonomie hydrique : sans nappe phréatique exploitable sur le plateau, les Établissements Aubry récupèrent 100 % de l'eau des toitures (1 mm de pluie = 20 000 litres stockés). Grâce à deux bassins interconnectés totalisant 4 000 m3, l'exploitation peut tenir deux mois en plein printemps sans une goutte de pluie. De plus, 5 000 m2 de dalles béton fonctionnent en circuit fermé par système de marée haute/marée basse, permettant de récupérer et recycler près de 90 % de l'eau d'irrigation.
  • La parade climatique : face aux coups de chaud printaniers, Jérôme Aubry fait blanchir ses serres en verre pour gagner jusqu'à 5 °C, et utilise l'aspersion en toiture pour créer un brouillard thermique, « ça rafraîchit instantanément l'ambiance par évapotranspiration, sans détremper les terreaux. » Côté chauffage, l'introduction de chaudières à granulés (pellets) il y a trois ans a permis "d'épauler" le propane et de stabiliser une facture annuelle globale de 40 000 à 50 000 euros.

Responsabiliser pour durer

Pour aborder sereinement cette périodes de rush, Jérôme Aubry a totalement revu le management de ses 20 salariés (15 temps plein environ) en les responsabilisant par pôles autonomes (responsable de pépinière, responsable vivaces, responsable magasin de producteurs). « Cette réorganisation a sauvé mon quotidien. Les salariés gèrent leur secteur comme leur propre micro-entreprise. »

Épaulée par les Brigades vertes pour les gros travaux extérieurs et très investie dans la formation (3 à 4 apprentis par an), l'entreprise continue d'avancer. Malgré la lourdeur administrative et le poids des normes qui usent parfois le moral, Jérôme Aubry garde le cap, guidé par le goût du défi et le bon sens paysan.•

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