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Avec l'ADSF 76, 1 270 hectares survolés, 118 faons sauvés*

En Seine-Maritime, l'ADSF 76 (Association départementale de sauvetage des faons de Seine-Maritime) est devenue l'alliée "technique" des agriculteurs. À l'approche des fauches, une soixantaine de bénévoles dont Mickaël Ancel, vice-président et responsable de la brigade de Lyons, et Noémie Talmo, vice-secrétaire, déploient leurs drones thermiques pour sécuriser les parcelles et les faons. 

« Le téléphone peut sonner à n'importe quel moment », confie Mickaël Ancel, vice-président de l'ADSF 76 et agriculteur. « L'idéal est d'être prévenus au plus tard la veille pour le lendemain, mais on sait que l'agriculteur dépend de la météo. Sur notre groupe WhatsApp, les bénévoles répondent en temps réel. Si une fauche est décalée au matin même, on fait tout pour envoyer une équipe. » L'ADSF 76 se réparti en quatre brigades** (secteur d'Eawy, de Lyons, du Havre et désormais d'Eu), et intervient dès le 15 avril.

L'instinct : le piège de la nature

Contrairement au lièvre ou au chevreuil adulte qui s'enfuit au bruit du tracteur, le faon, lui, ne bouge pas. « C'est son instinct de survie qui le trahit », explique Mickaël Ancel. Durant les premières semaines de sa vie, le faon n'a pas la force de courir. Sa seule défense face aux prédateurs est de se coller au sol et de rester totalement immobile.

Le problème ? Cet instinct fonctionne face à un renard, mais pas face à une barre de coupe de 9 mètres. Le faon restera tapi dans l'herbe jusqu'au dernier moment, devenant invisible pour l'agriculteur depuis sa cabine. « Même à pied, on peut trébucher dessus sans l'avoir vu tant il se confond avec la végétation », précise Noémie Talmo, vice-secrétaire.

Le risque sanitaire

Pour les agriculteurs et l'UCDV (Usines coopératives de déshydratation du Vexin), l'enjeu dépasse la protection animale. « On travaille beaucoup avec les agriculteurs et l'ETA sur la fauche de la luzerne », explique Mickaël Ancel. « Pour eux, c'est une question de sécurité sanitaire. Une carcasse qui passe dans une machine représente un risque de botulisme mortel pour le bétail. Si une carcasse est détectée, c'est une benne, voire un silo, qui part au fumier. Le drone, c'est leur assurance-vie. »

Zéro contact, zéro odeur

L'association intervient de mi-avril jusqu'au début du mois de juillet, juste avant la faucheuse. Le rendez-vous est fixé au lever du jour (vers 5 h 30) pour profiter du contraste thermique entre l'animal et le sol frais. Sur le terrain, rien n'est laissé au hasard. Le sauvetage commence dès l'équipement. « Nos vêtements et nos gants ne servent qu'à les capturer. Ils ne traînent pas, pour ne capter aucune odeur humaine », précise Noémie Talmo. Pendant ce temps, l'agriculteur peut vaquer à ses occupations en attendant le feu vert. « Quand le drone repère un point chaud, on intervient à l'épuisette. On manipule le faon avec de grosses touffes d'herbe pour faire écran. On le place sous une caisse aérée en bordure de champ, dans un coin sécurisé, et dès que la faucheuse a terminé, on le libère. »

Permis de pilote et traçabilité

Ne pilote pas qui veut. Le pilotage de ces drones thermiques est strictement encadré : chaque télépilote est déclaré et titulaire d'un permis spécifique obtenu sur le site de la DGAC (Direction générale de l'aviation civile, AlphaTango), garantissant la maîtrise de l'appareil et la connaissance de la réglementation aérienne. Chaque vol est enregistré, et les zones de survol respectent la réglementation drone (zones rouges, aéroports, sites sensibles). « On fait une fiche par parcelle », explique Mickaël Ancel, garantissant une traçabilité totale des interventions. « On fait voler le drone à 50 mètres de haut pour avoir le meilleur balayage ». Bien que l'appareil puisse s'éloigner jusqu'à 10 km, les pilotes le gardent toujours en vue. La gestion de l'énergie est cruciale pour couvrir de grandes surfaces, plusieurs batteries de rechange sont nécessaires. Lorsque l'une d'elles est en cours d'utilisation, les autres sont en recharge. En conditions optimales, un drone peut sécuriser 25 hectares en 30 minutes.

Objectif 120 sur Lyons

Le bilan de l'an dernier est éloquent : deux brigades ont parcouru 3 500 km pour survoler 1 270 hectares et sécuriser 118 faons (dont 62 par capture directe). Sur le seul secteur de Lyons, 850 hectares ont été sécurisés. Mais face aux 26 000 hectares fauchés en Seine-Maritime, les besoins sont immenses. « L'objectif est de doubler nos résultats pour atteindre 120 captures la saison prochaine sur Lyons, mais cela nécessite d'investir », projette l'association.

L'intervention est gratuite, l'ADSF 76 ne vit que de dons. Une page HelloAsso*** est disponible pour financer le matériel nécessaire à ses missions. Un drone thermique équipé coûte environ 8 000 euros.•

* Chiffres 2025.

** Contacts : Secteur d'Eawy, Denis Lemonnier, président de l'ADSF 76 (06 89 48 90 84) ; secteur de Lyons, Mickaël Ancel (06 11 70 42 75) ; secteur du Havre, Christophe Brasseur (06 27 78 80 28) et secteur d'Eu, Raphaël Bisson (07 77 76 02 74).

*** Lien HelloAsso : https://www.helloasso.com/associations/association-departementale-de-sa…

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