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Anatole Eudier : s’installer pour aller plus loin

À 24 ans, Anatole Eudier vient de reprendre le flambeau sur l’exploitation familiale d’Yvetot, 
avec son père et son cousin. Un parcours qui l’a mené jusqu’au Québec avant de le ramener aux 170 hectares où tout a commencé.

Le parcours d’Anatole Eudier n’a rien d’une ligne droite. Après un Bac S décroché au lycée agricole d’Yvetot, puis un DUT génie biologique option agronomie à Amiens (80), il s’oriente vers une licence production animale à Angers (49), en alternance chez un négoce agricole de Saint-Jean-du-Cardonnay. C’est là qu’il bifurque : il interrompt son alternance et part un an travailler dans une ferme laitière au Québec, entre Montréal et Ottawa.
Deux ans plus tard, le voilà de retour sur l’exploitation familiale. Le timing n’a rien du hasard : il correspond au départ à la retraite de son oncle, fin juillet, et à sa propre installation, actée début août. « Quand on est sur une exploitation familiale, à un moment donné, il faut revenir », résume-t-il simplement.

Un Gaec à trois générations

Anatole Eudier rejoint ainsi un Gaec à trois associés aux côtés de son père, Guillaume Eudier, et de son cousin, Florian Eudier, installé quatre ans plus tôt. Sur les 170 hectares de l’exploitation, les cultures classiques du secteur – blé, orge, maïs, betteraves sucrières et lin – cohabitent avec un atelier laitier de 110 vaches, complété par l’élevage des génisses et des taurillons.
La ferme ne se contente pas de produire du lait : elle le transforme, en crème, en yaourts et en beurre, écoulés localement par le biais de revendeurs. Une activité de transformation vieille de 40 ans, que la famille entend bien perpétuer.
Comme tout jeune installé, Anatole Eudier a par ailleurs fait sa demande de dotation jeune agriculteur (DJA).

Un débouché du lait remis en question

Aujourd’hui Anatole Eudier doit pourtant déjà composer avec une incertitude de taille. L’exploitation travaille aujourd’hui avec Danone pour la collecte de son lait, mais l’industriel vient de lui signifier qu’il cesserait de récupérer son lait écrémé : une annonce tombée quelques jours seulement après son installation. « Ça fait 40 ans qu’on fait de la transformation, ça fait 40 ans que ça marche. On n’a pas fait d’erreur. On ne comprend pas cette décision et on la ressent comme un coup de poignard. », réagit le jeune agriculteur, qui n’exclut pas de devoir revoir l’organisation de la ferme si aucune solution n’est trouvée avec son collecteur.

Travail du sol et cheptel

Sur le travail du sol, pas de demi-mesure : le labour systématique reste la règle. « On souhaite avoir des parcelles très propres, on fait la guerre à toutes les adventices », explique Anatole, qui assume volontiers de sacrifier un peu de rendement au profit de cette exigence. Le matériel, lui, reste sobre et fonctionnel – une petite charrue de 7 corps, un tracteur plafonnant à 150 chevaux, un semoir de 3 mètres – sans logique de renouvellement systématique.
Côté troupeau, la race prim’holstein a été retenue pour ses performances laitières : 10 000 litres par vache et par an aujourd’hui, avec l’ambition d’atteindre 11 000 litres, puis davantage. La traite se fait toujours en salle 2x6, vieille de quarante ans mais bien entretenue, un choix lié directement à la transformation fromagère, qui exige du lait chaud à l’écrémage. Les vaches, elles, sortent au pâturage dès que possible : « Une vache, pour moi, c’est dehors. »

Un engagement syndical par amitié

Membre du bureau des Jeunes agriculteurs du canton d’Yvetot et administrateur départemental, Anatole Eudier assure que cet engagement n’a rien d’un calcul lié à son installation. Il y voit avant tout une histoire de camaraderie née au lycée, doublée d’une envie de rester informé et de défendre le monde agricole.

Rendez-vous au Festival de la terre

Cet engagement le mène naturellement vers l’organisation du Festival de la terre à Yvetot, où il s’occupe cette année de l’accueil des partenaires et des exposants. Un événement qu’il voit comme un double levier : financer l’activité syndicale, mais surtout recréer du lien entre agriculteurs et grand public. « Les gens se rendent moins compte de ce qu’on fait dans le milieu agricole, et jugent parfois trop vite. Le fait de pouvoir montrer, expliquer, discuter, ça permet d’enrichir tout le monde. »
Reste, pour la suite, un objectif limpide : continuer d’améliorer les performances de l’atelier laitier, dans la continuité de ce que ses aînés ont construit depuis quarante ans.•
 

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