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Énergies renouvelables
À Brouchy, une canopée agrivoltaïque totalement inédite

Ce 21 septembre, Benoît Bougler inaugurait une canopée agrivoltaïque de 3 ha sur son exploitation de grandes cultures à Brouchy (Somme). L’installation de l’entreprise TSE est « une première mondiale », de par son système de gestion de la ressource en eau. Les économies devraient être de 20 à 30 %.

Après le maïs, trois cultures seront implantées : pommes de terre (irriguées), blé et haricots (non irriguées). Elles serviront aux études sur les économies d’eau.
© Julien Brustudio

L’ombrière, équipée de panneaux solaires rotatifs installés à 5 m de hauteur, au-dessus d’une parcelle de 3 hectares, est impressionnante. « C’est une première mondiale », assure Mathieu Debonnet, président de l’entreprise TSE, sa conceptrice. Ce 21 septembre avait lieu l’inauguration en grande pompe, en présence notamment de Kadri Simson, commissaire européenne à l’énergie. Benoît Bougler, qui exploite 450 ha à Brouchy (80), à la frontière de l’Aisne, est un précurseur de l’agrivoltaïsme. « Avec Mathieu, nous nous connaissons depuis une quinzaine d’années. En 2009 déjà, je lui faisais confiance en installant 6 500 m2 de panneaux photovoltaïques sur une toiture de hangar. C’était une première dans la Somme à cette échelle », confie-t-il.
Cette canopée agrivoltaïque est en fait la deuxième que TSE installe, après celle d’Amance, en Haute-Saône, sur de la grande culture. Elle a nécessité cinq mois de travaux, de janvier à juin 2023. « Nous démontrons que l’on peut développer les énergies renouvelables sur des terres agricoles, sans mettre en péril la production, mais en la favorisant au contraire », pointe Mathieu Debonnet. Ce que la canopée de la Somme a d’inédit, c’est son système d’irrigation intelligent, qui permet d’optimiser l’irrigation et de maximiser les économies d’eau. « Nous voulons aller plus loin, et répondre au défi majeur pour le monde de la maîtrise de la ressource en eau. Les économies d’eau sont estimées entre 20 et 30 %. »
Le tout est un bijou de technologie : une emprise au sol de 0,5 % grâce à l’installation des 5 500 modules bifaciaux sur des câbles, plus de 800 capteurs météorologiques, mécaniques, agronomiques pour réaliser des études R&D approfondies, et 114 canons d’irrigation en quinconce positionnés à 3 m de hauteur, d’une portée de 17 m.

Côté énergie, l’installation doit produire une puissance de 2,9 MWc, soit l’équivalent de la consommation de 1 650 habitants par an. L’énergie est revendue à bioMérieux, entreprise française spécialisée dans le diagnostic in vitro. Un contrat garantit à l’agriculteur-producteur d’énergie un tarif sur une durée de 20 ans. « J’espère aussi pouvoir bénéficier d’une partie de cette énergie pour alimenter mon stockage de pommes de terre », ajoute Benoît Bougler. La production d’énergie est maximale : « des algorithmes de tracking optimisent l’orientation des panneaux en fonction des conditions climatiques. Une augmentation de la production solaire est estimée entre 5 % et 15 % par rapport à une centrale photovoltaïque classique », certifie-t-on chez TSE. Ce jeudi très pluvieux, les panneaux étaient inclinés au maximum pour permettre à la culture de bénéficier au maximum de la pluie.
Côté agricole, la canopée est installée en zone irrigable, sur un sol de limons sablo- argileux. Actuellement, du maïs a été semé très tardivement, en juillet, pour cause de travaux. « Nous avons opté pour du maïs pour sa racine profonde, qui aidera à restructurer le sol qui a été très chamboulé pendant l’installation », explique Émilie Pommier, directrice R&D agronomie chez TSE. Trois cultures seront ensuite implantées chaque année, dont une seule irriguée. « La rotation comprend des cultures légumières comme la pomme de terre et le haricot, du pois protéagineux et des céréales (maïs, blé, orge). »

Une irrigation optimisée

Pour les cultures non irriguées – il s’agira pour la prochaine campagne de haricots et de blé – TSE espère prouver les bénéfices de la couverture offerte par les panneaux. « Sous les panneaux, la température est inférieure de 1,4 °C. » Un stress thermique inférieur, et une évapotranspiration limitée. Pour la culture irriguée – il s’agira pour la prochaine campagne de pommes de terre – l’irrigation sera optimisée. « Grâce à la mise en place d’un système de pilotage à distance, sans fil, composé de sondes et capteurs permettant de contrôler le taux d’humidité du sol, de l’air, la vitesse du vent et la pluviométrie, l’agriculteur est en mesure d’arroser que lorsque c’est nécessaire, et au meilleur moment. » Benoît Bougler pourra programmer à distance les paramètres de l’irrigation, passer d’un système entièrement automatisé à un système manuel, et vérifier les consommations d’eau. Un dispositif peu gourmand en main-d’œuvre. « La mise en place et le contrôle des enrouleurs sont très chronophages », avoue l’exploitant. Un programme de neuf années d’étude est lancé. •

L’Europe très investie

Comptez près de 12 M€ pour une telle canopée agricole. Mais ce projet pilote a été financé par l’Union européenne à travers le Fonds pour l’innovation visant à déployer des technologies innovantes et à faible émission de carbone. « C’est exactement le genre de projet dont nous avons besoin pour répondre aux défis d’aujourd’hui. La France ouvre la voie. À la crise climatique s’ajoute la guerre en Ukraine, qui nous prouve à quel point la souveraineté énergétique est importante », annonçait Kadri Simson ce 21 septembre à Brouchy. La commissaire européenne à l’énergie a affirmé que l’Europe continuerait à soutenir financièrement ce type d’installations.

 

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