L'Union Agricole 13 mars 2020 à 07h00 | Par Catherine Hennebert

Une vidéoconférence sur l'agroforesterie.

Une soirée webinaire a eu lieu chez Philippe Dilard qui a partagé son expérience sur le rôle de l'arbre au sein de son exploitation.

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Philippe Dilard
Philippe Dilard - © Valérie Sorieul


L'agroforesterie Française a organisé son premier webinaire le 18 février chez Philippe Dilard, éleveur laitier à Cressy. Plus d'une centaine d'internautes ont participé à ce séminaire d'information interactif sur le sujet de « l'arbre agricole, créateur de valeur et d'économie pour les territoires ».

 

Toujours à la recherche de nouvelles pistes de durabilité
Les initiatives d'agriculteurs en faveur de la valorisation de la ressource forestière sont nombreuses sur le territoire national mais elles sont peu diffusées. Avec le web binaire, l'Agroforesterie Française souhaite partager avec le plus grand nombre des exemples concrets.
Philippe Dilard est éleveur laitier sur l'exploitation familiale qui a été récemment convertie à l'agriculture biologique. Il est également agriculteur forestier et « énergiculteur ». En Gaec avec son épouse Isabelle qui s'est installée en 1998, les économies d'énergies, la réduction des impacts de son métier sur l'environnement, l'autonomie alimentaire ont toujours guidé leurs choix de développement, avec en parallèle, un temps important consacré à la vulgarisation professionnelle. Ils tiennent particulièrement à ce partage et aux échanges permanents de leurs pratiques avec les autres agriculteurs. « Nous sommes toujours à la recherche de nouvelles pistes de durabilité, c'est pourquoi nous ouvrons nos portes. Apprendre-tester et transmettre est un peu notre credo » explique Philippe. L'état d'esprit est posé.

 

Une cuma qui valorise la ressource bocagère locale
Sur une exploitation de 112 hectares morcelée, composée de haies bocagères à entretenir, le travail sur la valorisation de ces éléments paysagers à pris de la place. La cuma Haies'nergie et territoires est créée en 2012 dont Philippe est le président. Elle est composée aujourd'hui de 150 adhérents et propose différents services : le déchiquetage de bois qui trouve sa valorisation dans des chaudières collectives locale, le façonnage de bois-bûche, le sciage mobile de grumes. Cette dernière activité peut permettre à des agriculteurs d'utiliser leurs arbres pour réparer ou construire un bâtiment par exemple. « Aujourd'hui, notre activité est rentable et génère de l'emploi. A ce jour, la cuma embauche deux chauffeurs ».
« Nous avons une énergie qui existe depuis toujours sur notre territoire et nous avons laissé tomber cette formidable ressource à la faveur de l'énergie fossile. Avec des haies bien gérées, nous vendons du kilowatt heure sans dégrader la ressource ». Depuis 2010, ce sont plus de 10 millions de litres équivalent fuel qui ont été économisés avec du bois perdu.

 

Profiter de la complémentarité entre l'arbre et la culture
Toujours dans l'optique de durabilité de l'exploitation, le pâturage agroforestier s'est mis en place en 2016, avec la remise en herbe de 15 hectares attenant au corps de ferme. « Nous voulions profiter de la synergie entre les arbres et la culture ». 320 arbres d'avenir (chêne sessile, merisier, châtaignier, tilleul des bois, chêne rouge d'Amérique, cormier...) ont été plantés ainsi que 450 arbres de bourrage (noisetier, aulne, charme, bouleau, érable).  8 lignes de 450 mètres linéaires ont été plantées sur les 15 ha, espacées de 26 mètres. 15 km de protection ont été installées.
« Nous avons semé de l'avoine brésilienne associée à du ray grass hybride et du trèfle blanc. L'avoine sert de couvert favorisant la pousse des autres espèces végétales. L'herbe est gérée avec l'herbomètre, selon les grands principes du déprimage, la hauteur d'entrée de l'herbe, la hauteur de sortie et le débrayage. Les prairies sont fertilisées par les bouses des animaux qui passent 90 % du temps dehors ».

 

Des perspectives d'autonomie
Deux tailles de formation des arbres ont déjà été effectuées. La première fois pour le défourchage, sur des plants faisant environ 60 cm de haut. Aujourd'hui les arbres font plus de 2 mètres pour certains.
Le lait est vendu en bio depuis novembre 2019. Avec la parcelle agroforestière de 15 hectares, la remise en herbe de la quasi-totalité de l'exploitation, la production de méteil semé en direct sur 25 hectares, et les 5 hectares de luzerne, l'objectif est d'arriver à l'autonomie alimentaire pour le troupeau qui doit atteindre les 100 vaches laitières. L'intégration des arbres sur l'exploitation devrait également permettre une autonomie énergétique toujours recherchée par l'éleveur. A ces perspectives d'autonomie, le Gaec souhaite aussi préparer la valorisation de ses bois d'oeuvre grâce à la Cuma.

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