L'Union Agricole 05 mars 2021 a 11h00 | Par Catherine Hennebert

Une agriculture connectée à la nature.

La biodiversité pour diminuer les pesticides. Pour aider les agriculteurs à limiter les insecticides, l’entomologiste Johanna Villenave-Chasset prône le retour des insectes dans les plaines cultivées.

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- © William Beaucardet

La passion et le métier de Johanna Villenave-Chasset est l’étude des insectes auxiliaires, les prédateurs capables d’éradiquer les parasites ennemis des cultures.

L’entomologiste qui habite en Seine-Maritime a créé son laboratoire de recherche appliquée Flor’Insectes en 2007.

« Mon objectif est de faire revenir et de maintenir les populations d’auxiliaires sauvages dans les agroécosystèmes et au sein des parcelles agricoles afin qu’ils maintiennent les phytophages nuisibles des cultures sous les seuils de nuisibilité théoriques. Ces auxiliaires font partis de ce que l’on appelle la biodiversité fonctionnelle qui offre des services aux agriculteurs tout comme la pollinisation, la décomposition, la vie du sol.  J’ai commencé à travailler pour les chambres d’agriculture, Inrae, Arvalis… Maintenant je travaille plus en direct avec les agriculteurs. Ils sont intéressés et très demandeurs pour agir sur leur exploitations ».

La jeune femme forme les agriculteurs à la connaissance de la bio-écologie des différentes espèces d’insectes auxiliaires afin de les attirer et de les maintenir dans les parcelles agricoles en leur apportant les habitats nécessaires à leur cycle de vie. « Nous travaillons ensemble sur les aménagements à mettre en place au sein de l’exploitation agricole ou de la collectivité : bandes fleuries, agroforesterie, haies, bordures de plantes vivaces, semis de plantes annuelles. On plante des haies avec des essences adaptées au sol et au climat, qui offrent une large période de floraison et qui soient attractives pour les auxiliaires. On sème plutôt des plantes sauvages (bleuet, anthémis, carotte, aneth, panais…) ou cultivées (sainfoin, luzerne, féverole, moutarde…), les variétés de plantes horticoles étant dépourvues de pollen ».

 

Les coccinelles mais pas que…

Le groupe le plus connu de ces fameux auxiliaires est celui des coccinelles bien sûr. Certaines vivent dans la strate basse et protègent plutôt les cultures céréalières et maraîchères des attaques de pucerons : la coccinelle à 7 points, la coccinelle à damier, la coccinelle des friches. D’autres vivent dans la strate haute et sont utiles en verger : la coccinelle à 2 points, la coccinelle à 10 points. Les adultes consomment du pollen de préférence de consoude, de luzerne, de féverole, d’orties, de vesce…

Les chrysopes sont également des prédatrices généralistes au stade larvaire et consomment les thrips, les pucerons, les acariens, œufs et larves d’insectes diverses… Une fois adulte elles consomment du pollen pour se reproduire. Plus une femelle de chrysope consommera du pollen, plus elle pondra des œufs, jusqu’à 40 œufs par jour. Chaque œuf donnera une larve qui pourra manger jusqu’à une trentaine de pucerons par jour. Les chrysopes préfèrent les fleurs de carotte, d’aneth, de fenouil, de cumin, de panais, d’ail, de poireau…Les larves de syrphes sont de redoutables prédatrices de pucerons. Les adultes ont également besoin de pollen pour se reproduire.

 

Des floraisons toute l’année

Pour une diversité d’auxiliaires, il faut donc une diversité floristique et une diversité des habitats.

Il faut des fleurs toute l’année pour constituer un gros stock d’auxiliaires. Mais pas n’importe quelles fleurs. Une coccinelle ne consomme pas le même nectar et pollen que le syrphe ou le parasitoïde du puceron. Il faut donc avoir une parfaite connaissance des espèces végétales consommées par tel ou tel auxiliaire. Johanna Villenave-Chasset est la seule entomologiste à pratiquer des dissections d’insectes pour identifier les grains de pollen consommés par chaque espèce.

La jeune femme a été sollicitée par l’institut technique de la betterave pour travailler sur le rôle des auxiliaires dans le contrôle du puceron vert. La filière doit trouver des solutions alternatives aux néonicotinoïdes.

Des essais ont été mis en place chez des producteurs de betterave qui vont travailler avec l’entomologiste. « Un parasitoïde du puceron vert est un petit hyménoptère dont la femelle pond un œuf dans chaque puceron. Après une journée d’incubation, la larve éclate et mange le puceron qui devient une momie. Il faut donc offrir à ce parasite de quoi se nourrir toute l’année pour qu’il s’installe durablement. Je cherche également des plantes intéressantes qui hébergent les auxiliaires et pouvant être semées en association avec la betterave. Quelques essais ont commencé avec l’avoine et la féverole »

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