L'Union Agricole 24 novembre 2020 a 10h00 | Par Dominique Lapeyre-Cavé

Spécial Lin : Les coopératives misent sur la génétique pour pérenniser la culture.

Linéa Semences sélectionne des variétés de lin capables de répondre aux enjeux climatiques. Chacune doit être le mieux adaptée à son terroir.

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Au site d’expérimentation de Poix-de-Picardie (80), un drone et sa caméra sont utilisés pour caractériser les lignées.
Au site d’expérimentation de Poix-de-Picardie (80), un drone et sa caméra sont utilisés pour caractériser les lignées. - © Linéa

« Cela fait maintenant quinze ans que je fais de la sélection variétale dans le lin et j’ai vu les conditions météorologiques évoluer en un laps de temps relativement court », constate Charles-Henri Biard, responsable développement chez Linéa Semences, un GIE constitué de quatre coopératives agricoles de teillage, Agylin (76), la Calira (80),la coopérative du Neubourg (27) et la SCA Lin 2000 (60). Le climat semble moins tempéré, avec des périodes d’excès plus fortes : eau l’hiver et sécheresse l’été. « La génétique prend cette évolution en compte en créant des variétés capables de supporter de telles variations au cours d’une année culturale. Mais il faut quinze anspour créer une variété et le changement climatique semble souvent plus rapide que la création variétale. N’empêche que nous œuvrons pour limiter son impact sur les rendements », assure le responsable.

 

La variété adaptée

L’objectif de la sélection est de mettre au point la variété la plus adaptée à l’agriculteur en fonction de son terroir, et qui lui assurera un rendement satisfaisant et stable dans le temps. Par ailleurs, le lin produit doit convenir au teilleur et au filateur. Bien entendu, la résistance aux maladies et à la verse, la quantité et la qualité des fibres pour le lin textile ou celles des graines pour le lin oléagineux, sont des critères importants auxquels il faut dorénavant ajouter la tolérance à la sécheresse et à l’excès d’eau. Linéa travaille principalement sur un schéma de sélection classique. 70 à 80 000 lignées sont implantées tous les ans et sélectionnées sur leur phénotype (ce que l’on voit) selon les critères recherchés. À chaque étape, on garde les meilleures plantes et, au bout de six ans, des essais en micro-parcelles servent à tester in situ les meilleures candidates.

Linéa possède ainsi un important réseau de sites répartis sur toute la France avec des conditions pédo-climatiques variées. Le lin fibre est ainsi implanté sur des sites allant du Nord à la Seine-Maritime, le lin oléagineux est testé également sur la façade atlantique, dans le Sud et l’Est de la France et même au sein d’un réseau européen, sans compter la sélection en contre-saison opérée en Nouvelle-Zélande. « Au site de Grandvilliers (60), où les conditions météo sont plus continentales donc plus sèches que dans l’Eure et la Seine-Maritime, nous pouvons sélectionner des lins fibre qui résisteront mieux à la sécheresse », détaille Charles-Henri Biard.

Un site d’essai spécifique expose d’ailleurs les lins fibre ou oléagineux à des conditions de stress hydrique, assurant le repérage des variétés les plus résistantes. Grâce à ces efforts, Linéa a inscrit en 2019 la variété de lin libre de printemps Idéo, une des plus productives triple-tolérante fusariose-brûlure-oïdium du marché. La gamme variétale est maintenant très complète et permet de s’adapter à la grande majorité des situations pédo-climatiques des liniculteurs du territoire. Enfin, des méthodes high tech, comme l’usage d’un drone qui permet de réaliser du phénotypage en haut débit ou le marquage moléculaire qui repère les gènes du lin intéressants, assurent une sélection plus précise et un gain de temps important.

 

Le lin d’hiver, l’avenir ?

Enfin, l’implantation de lins fibre d’hiver plutôt que de printemps est un axe pour répondre au changement climatique et aux sécheresses printanières ou estivales. « Nous pensons développer le lin d’hiver dans l’Oise, dans les régions de Saint-Quentin ou de Meaux, car ce sont des zones plus sèches qui ne permettent pas aux liniculteurs, en cas de prix moins intéressants, d’obtenir une marge suffisante, car les rendements sont plus faibles qu’en bordure maritime », explique Maxime Visse, responsable de plaine à la SCA Lin2000.

Semé fin septembre, avec un cycle plus long, le lin d’hiver est plus tolérant au froid et s’enracine bien pendant l’hiver, ce qui lui permettra de pousser plus rapidement dès la reprise de végétation du printemps. Il produit plus de paille, mais son rendement fibre est moindre que le lin de printemps. Mais, petit à petit, les lins d’hiver, qui n’ont que vingt-cinq ans d’existence, rattrapent les variétés de printemps. « Aujourd’hui, 75 % des lins oléagineux cultivés en France sont des lins oléagineux d’hiver. En lin fibre, sur les 125 000 ha emblavés en France en 2020, seuls 5 000 ha l’étaient en lin fibre d’hiver. Arraché plus tôt, première quinzaine de juin, le lin d’hiver a plus de chance de profiter de précipitations pour rouir. C’est pour cela que nous misons sur le lin d’hiver et la variété phare de Linéa, Jade », concluent Maxime Visse et Charles-Henri Biard. L’excellence de la filière lin passe aussi par sa capacité à s’adapter aux changements profonds.

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