L'Union Agricole 17 octobre 2019 à 12h00 | Par L'Union Agricole

Seize jours d'attente insoutenable.

Les produits laitiers de la zone impactée par Lubrizol sont à nouveau commercialisables. Un bon signe pour les autres produits car le lait est un bon indicateur environnemental.

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Le président du Cniel, Thierry Roquefeuil, sur l'exploitation d' Augustin Guéroult à Brémontier-Merval, jeudi 10 octobre.
Le président du Cniel, Thierry Roquefeuil, sur l'exploitation d' Augustin Guéroult à Brémontier-Merval, jeudi 10 octobre. - © Simon Huet


Lundi à 18 h, le préfet a levé les restrictions qu'il avait prises dans un arrêté du 28 septembre, soit 16 jours auparavant. Un soulagement pour les agriculteurs qui devaient jeter leur lait chaque jour. « L'impact est extrêmement limité, la dioxine largement en dessous de la valeur admissible », avait confirmé l'Anses vendredi dernier, lors de la réunion du comité de la transparence et du dialogue, installé à Rouen par trois ministres : agriculture, environnement et santé. Mais encore trois jours se sont écoulés avant la décision administrative.
« La qualité du lait est un bon indicateur pour la situation globale, confirme Laurence Sellos, présidente de la chambre d'agriculture de Seine-Maritime, qui a accompagné sur le terrain les opérations de prélèvements. Si le lait est commercialisable, c'est bon signe pour les autres produits car c'est un indicateur environnemental. » Mais les analyses prennent du temps et à l'heure où nous écrivons ces lignes, l'arrêté court encore pour les oeufs, le miel, les fruits et légumes, les poissons. « C'est la DGAL qui prend les décisions et elle ne le fait pas à la légère ».
Les aides s'organisent
Le fourrage pour les ruminants est encore consigné. L'opération solidarité mise en place par la FNSEA 76 se poursuit. 400 tonnes de maïs ensilage et 75 tonnes de pulpes surpressées ont été livrées ou mises à disposition à une dizaine d'éleveurs de la zone impactée. Pour l'instant, la proximité a été privilégiée mais des propositions sont venues de tout le département, et au-delà, jusqu'à la Sarthe qui a proposé 7 000 tonnes.
Le Cniel a rapidement annoncé qu'il avançait l'argent pour les producteurs de lait et les responsables professionnels ont travaillé avec la Région et le Département pour débloquer des avances pour les autres productions et le lait transformé, en Neufchâtel par exemple. La chambre d'agriculture aidera les agriculteurs à remplir les dossiers qui devraient arriver la semaine prochaine.
Les négociations avec Lubrizol sont menées par le fonds de mutualisation sanitaire et environnementale (FMSE). « Nous participerons financièrement aux actions pour aider à réparer les conséquences de l'incendie, notamment sur le volet agricole » a affirmé la direction de Lubrizol vendredi. Si le chiffre de 50 millions d'euros avait circulé, ce montant a été démenti depuis et aucun chiffre n'a été révélé. Sébastien Windsor, président de la chambre régionale d'agriculture, est intervenu lors du comité de transparence pour remercier les structures qui votent les avances de trésorerie, mais rappelle que les agriculteurs comptent néanmoins aussi sur Lubrizol et sur le ministère de l'Agriculture pour l'indemnisation. « La profession a fait un effort avec la Région pour travailler sur l'image de la Normandie, nous espérons des moyens appropriés pour redorer cette image ».
Lors de la fête du ventre à Rouen ce week-end, « il y avait un monde fou, témoigne Laurence Sellos. Le message des producteurs était positif et les consommateurs présents. C'est bon signe pour la suite ». Un travail sur l'image sera aussi effectué rapidement afin que personne ne soit pénalisé, car « les magasins de produits locaux souffrent  ». Le principe de précaution a bien été observé dans la zone, tout le monde a joué le jeu.
« Je n'ai essuyé aucun refus des agriculteurs pour les prélèvements", note la présidente de la chambre d'agriculture.

 

Des mesures prises par les organisations professionnelles agricoles.
Crédit agricole Normandie-Seine : La banque met en place un prêt d'avance, dont elle supporte le coût. Cette aide est disponible depuis le 15 octobre. Les frais d'intérêt et de dossier seront pris en charge par la Caisse Régionale (seule l'assurance des emprunteurs restant à charge). Chaque situation sera étudiée et adaptée au cas par cas. Dans ce contexte exceptionnel, seul un engagement de remboursement de l'avance à la perception de l'indemnisation par l'Etat sera demandé : autrement dit, Crédit Agricole Normandie-Seine a également choisi d'adapter ses conditions de garantie pour faciliter les démarches des agriculteurs.
Crédit mutuel : la banque s'engage auprès de ses clients sociétaires agriculteurs impactés par la mise en oeuvre de mesures spécifiques, afin de les aider dans cette période difficile, tout en maintenant les capacités de développement de demain. Il invite chacun des exploitants concernés à se rapprocher de son interlocuteur qui mettra en place la solution adaptée à chaque situation.
Groupama : « Depuis le 26 septembre, nos équipes ont accompagné plus de 200 exploitants touchés par les conséquences de l'incendie  »,explique Didier Divaret, directeur des opérations de Groupama Centre Manche. Notre rôle consiste à les aider dans la constitution de leur dossier et à les conseiller dans leurs démarches en vue d'une indemnisation. »
Cerfrance Seine Normandie : pour soutenir tous ses clients impactés directement ou indirectement, qu'ils soient ou non dans la zone de l'arrêté, l'entreprise adapte son accompagnement et propose en fonction des besoins d'identifier les préjudices, estimer les besoins en trésorerie, ajuster les comptes prévisionnels, faciliter les démarches administratives. Pour en bénéficier : 02 35 59 64 70.
Atex : association qui apporte un appui technique et économique aux exploitations agricoles en difficultés. La cause est indifférente pour l'accès au suivi, elle peut être d'ordre technique, économique ou tout autre motif, comme l'incendie de Lubrizol, entraînant une perte de rentabilité de l'exploitation. Les conseillers apportent un conseil global et peuvent intervenir aussi bien sur les problèmes administratifs, techniques, économiques, trésorerie, négociation avec les créanciers...contact : 06 81 58 87 26 ou 06 75 07 94 56.
Littoral Normand : afin que les producteurs puissent continuer d'avoir des repères pour la conduite de leur élevage, l'association a organisé des ramassages d'échantillons de lait de tank dès le 8 octobre chez les adhérents intéressés. Les résultats des analyses ont ainsi pu être valorisés pour piloter l'état sanitaire et l'alimentation du troupeau. Le conseil d'administration a décidé d'offrir deux heures de conseil à tous ses adhérents, laitiers et allaitants, concernés par l'incendie de Lubrizol pour gérer les stocks fourragers ou le rationnement du cheptel. Pour en bénéficier : 02 31 46 84 09.
GDMA : à l'écoute des éleveurs sur tous les retours d'information sur des manifestations pathologiques et cliniques inexpliquées.
MSA : le numéro Agri écoute 09.69.39.29.19 permet de dialoguer avec un professionnel de façon confidentielle.

Aide régionale

Une avance de 10 000 euros par exploitation. Pour venir en aide aux exploitations agricoles (et piscicoles) touchées par l'incendie de l'usine Lubrizol, la région Normandie a ouvert un dispositif d'avances remboursables, annonce-t-elle dans un communiqué le 14 octobre. L'enveloppe consacrée serait de 5 millions d'euros, dont chaque exploitation touchée pourrait bénéficier selon un plafond de 10 000 euros. Le dispositif sera ouvert du mardi 15 octobre au 29 novembre. Parmi les 3 000 exploitations touchées, 900 sont situées en Normandie, selon le conseil régional. «Leur indemnisation doit être totale, simple et rapide», a plaidé le président de région, Hervé Morin, cité dans le communiqué


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