L'Union Agricole 08 mai 2022 a 10h00 | Par Catherine Hennebert

Quelle quantité d’herbe disponible dans mes parcelles ?

À l’image du projet Herdect, simplifier et automatiser les mesures d’herbe peut contribuer au maintien, voire au développement du pâturage.

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Des modèles de hauteur et de pousse de l’herbe à partir d’images aériennes sont à l’étude. Ils pourraient permettre la mise en œuvre d’OAD et remplacer l’herbomètre 
gourmand en temps pour la gestion des prairies.
Des modèles de hauteur et de pousse de l’herbe à partir d’images aériennes sont à l’étude. Ils pourraient permettre la mise en œuvre d’OAD et remplacer l’herbomètre gourmand en temps pour la gestion des prairies. - © © CRAN

La gestion optimisée des prairies passe par une connaissance précise des disponibilités en herbe et de sa croissance. Elle repose aujourd’hui sur la mise en œuvre d’outils de mesures au sol, principalement des herbomètres qui sont gourmands en temps de travail.

Le projet Herdect a pour ambition d’utiliser des imageries aériennes, de drones et satellites, pour mieux déterminer la disponibilité en fourrage dans les prairies, et ainsi mieux gérer le pâturage entre les entrées et les sorties des animaux des parcelles, prévoir et anticiper les parcelles à faucher. Il a réuni différents partenaires techniques : Agrocampus Ouest, Idele, Inrae et cinq Chambres d’agriculture accompagnées par les fermes expérimentales du Grand Ouest du réseau F@rm XP.

Drones et satellites

Ce projet Herdect a été mis en place en 2017 pour analyser les potentialités de la télédétection dans la connaissance de la disponibilité en fourrage dans les prairies. « C’est la construction d’un outil à destination des éleveurs. À partir d’images satellites, l’objectif est d’avoir une estimation de ce qu’il se passe dans les prairies et ainsi piloter les parcelles, savoir quelles sont celles à débrayer ou à mettre dans le circuit de pâturage. Le projet s’est terminé en 2021. Cela fonctionne en ce qui concerne la capacité à prédire les hauteurs d’herbe mais sa limite technique est la couverture nuageuse. Pour la contourner, un autre test a été réalisé : un modèle de pousse de l’herbe a été compilé au modèle satellite. Cela donne des résultats intéressants qui sont à finaliser. Nous assemblons les briques et nous ne sommes plus très loin d’aboutir. La prochaine étape sera de trouver des fonds et des partenaires qui veulent partir sur ce projet. Nous espérons une mise à disposition auprès des éleveurs dans deux ans », a expliqué Alain Airiaud, responsable du pôle prairie à la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire, lors des biennales F@rm XP le 15 mars à Rennes.

Maintenir et développer le pâturage

L’un des enjeux d’Herdect est de pouvoir fournir de manière hebdomadaire aux agriculteurs une valeur de la biomasse disponible dans leurs parcelles via la télédétection et ainsi améliorer leur gestion du pâturage.

Un autre enjeu est d’intéresser un nouveau public à la conduite du pâturage, notamment les étudiants et les jeunes éleveurs, plus sensibles aux nouvelles technologies.

La première étape a été l’élaboration d’un modèle de détermination de la biomasse prairie par télédétection. Pour cela les ingénieurs se sont appuyés sur un dispositif qui allie à la fois des mesures au sol et des images satellites. 4 000 mesures ont été réalisées dans les parcelles avec un herbomètre Grasshoper qui géolocalise chaque point d’impact. 600 mesures de biomasse ont également été réalisées. Ces données ont permis d’élaborer un modèle d’estimation de la hauteur d’herbe et de la biomasse.

Ensuite, des tests de ce modèle ont été mis en place dans les fermes des réseaux "pousse de l’herbe" en Normandie, en Pays de la Loire, en Poitou-Charentes et en Auvergne.

Parallèlement aux mesures effectuées sur le terrain, des hauteurs d’herbe ont été estimées par satellite. Si les mesures de terrain sont effectuées à date fixe chaque semaine, les estimations satellitaires sont obtenues de manière beaucoup moins prévisibles et réparties inégalement à l’échelle de l’année. Les facteurs limitant l’acquisition d’images sont les nuages.

Malgré cela, les hauteurs d’herbe estimées par le satellite sont plutôt bien corrélées avec les hauteurs d’herbe mesurées au sol. Des écarts persistent mais sont compris entre - 1 et 2 cm, ce qui indique une certaine pertinence du modèle. Un coefficient correcteur pourrait être appliqué au modèle de base afin de mieux estimer les hauteurs dans les parcelles.

Intégration dans un OAD pâturage

Viendra ensuite la dernière étape d’appropriation par la profession agricole d’une information régulière de la biomasse herbe sur les exploitations.

Les modèles construits ont pour vocation à être utilisés dans des outils d’aide à la gestion du pâturage.

Dans le cadre du projet Herdect, une enquête a été menée auprès d’une centaine d’éleveurs. Elle a révélé qu’ils sont dans l’attente d’une donnée hebdomadaire sur des classes de hauteur d’herbe plutôt que d’avoir une donnée herbomètre précise.

Plusieurs scénarios d’utilisation du modèle satellite sont envisagés : intégration des hauteurs d’herbe simulées dans un outil déjà existant comme HappyGrass, PâturPlan ou la création d’un nouvel outil d’aide à la décision (OAD).

Coupler les données hauteur d’herbe au besoin alimentaire du troupeau permettrait d’obtenir des indicateurs indispensables pour une gestion fine du pâturage : la quantité d’herbe disponible par parcelle, les parcelles à pâturer en priorité, le nombre de jours d’avance, les parcelles à débrayer, l’estimation de la productivité des prairies.

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