L'Union Agricole 18 juillet 2019 à 11h00 | Par Laurence Geffroy

Quel zonage pour l'AOP camembert ?

Pour pouvoir incorporer de nouvelles communes dans la zone de production du camembert et permettre à de nouveaux producteurs d'en profiter, il faut se manifester auprès de l'Inao. L'occasion ne se représentera pas deux fois.

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- © unionagricole76

Sur les 1 181 communes retenues par l'Inao pour le zonage de la future AOP Camembert de Normandie, seulement deux sont en Seine-Maritime : Sandouville et Saint-Vigor d'Ymonville. Mais la zone est soumise à enquête publique. Si des producteurs laitiers comptaient saisir l'opportunité, il va falloir se mobiliser rapidement pour faire bouger les lignes.

Il reste deux mois pour convaincre l'Inao d'agrandir la zone en incorporant d'autres communes seino-marines. Les agriculteurs peuvent se manifester par courrier recommandé, mais les maires aussi, ou toute personne ayant un intérêt légitime dans le dossier.

« Cette occasion ne se reproduira pas deux fois », met en garde Jocelyn Pesqueux, président de la section laitière de la FNSEA 76. C'est l'histoire du camembert du 21e siècle qui est en train de s'écrire. Ou plutôt la géographie. Deux communes seinomarines pour l'instant dans le projet, pourtant, le climat du département s'y prête bien et pour les générations à venir, c'est peut-être une voie d'avenir, avec une rémunération intéressante à la clé.

En effet, le camembert est apprécié en France et à l'export, il est mondialement connu, un atout de taille. Pas besoin de dépenser des sommes astronomiques en communication comme lorsqu'on lance un nouveau produit, le camembert se vend déjà comme des petits pains. Les détracteurs du projet, car il y en a, pointent du doigt l'existence de deux niveaux dans le projet : le camembert au lait pasteurisé (coeur de gamme) et le camembert au lait cru (haut de gamme).

Pour eux, permettre au lait pasteurisé d'accéder à l'AOP est un sacrilège. Or, force est de constater que le camembert est déjà consommé en majorité sous sa forme pasteurisée et les défenseurs du projet insiste sur leur volonté de monter en gamme non seulement le produit au lait cru, le véritable camembert, tel qu'ils ontchoisi de le nommer, mais aussi celui qui sevendra en France et à l'export : le camembertpasteurisé. « Pour un demi-camembert aulait cru en France, il se vend actuellementsix camemberts au lait pasteurisé » rappelleJocelyn Pesqueux.

CONDITIONS POUR REJOINDRE L'AOP

Les critères pour pouvoir rejoindre l'AOPsont liés à la pousse de l'herbe, qui doit être régulière. L'Inao a fait appel à des expertspour les mesures. Ils ont fixé les conditionsà plus de 800 mm de précipitationsannuelles avec un minimum de 130 jours de pluie, 30 % de prairies dans la surface agricole utile, pas moins de 40 % de surfacefourragère sur une même commune... «Que les producteurs qui pensent entrer dansce cahier des charges, qui ont un projet devente directe ou livrent à une laiterie pour lecamembert, se manifestent, c'est important», insiste Jocelyn Pesqueux.

L'Inao a aussi fait appel à des historiens pour localiser le berceau historique de la race normande, qui doit représenter 20 %du cheptel communal. Dans le passé même lointain, la commune doit prouver qu'ellea abrité une fromagerie ou fut un lieu de collecte d'une laiterie produisant le camembert .Il y a eu jusqu'à 1 400 laiteries en Normandie entre le 19e et le 20e siècle. Pour la Seine-Maritime, on peut consulter une liste ici : http://www.camembert-museum.com/pages/departements/76-seine-maritime/.

Si le département a été retiré de l'AOP actuelle en 2008, elle est néanmoins dans l'histoire du camembert. Ainsi, Maurice Hergault,industriel laitier de la Seine-Inférieure (Moulineaux) était le secrétaire du « syndicat du véritable camembert de Normandie » lorsde sa création en 1909.

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