L'Union Agricole 01 mai 2021 a 09h00 | Par INRAE

Parler aux chevaux comme on parle aux jeunes enfants.

Pour s’adresser à un animal, de nombreuses personnes adoptent instinctivement une manière de parler qui est proche de celle que l’on adopte pour parler à un jeune enfant : le ton de la voix est plus aigu et les intonations exagérées. Il en va de même pour beaucoup de cavaliers avec leurs chevaux.

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Le PDS est une façon de parler aux jeunes enfants, que l’humain a tendance à utiliser instinctivement avec certains animaux, qui facilite la communication entre humains et chevaux dans les interactions de tous les jours (pansage, travail…).
Le PDS est une façon de parler aux jeunes enfants, que l’humain a tendance à utiliser instinctivement avec certains animaux, qui facilite la communication entre humains et chevaux dans les interactions de tous les jours (pansage, travail…). - © Pixabay

Mais ces animaux sont-ils sensibles à cette façon de parler ? C’est la question à laquelle ont répondu les éthologues d’Inrae et de l’IFCE. Leurs résultats, publiés le 18 mars dans Animal Cognition, montrent que les chevaux sont plus attentifs et semblent mieux comprendre nos intentions lorsqu’on leur parle ainsi. Cette méthode est donc à intégrer par les cavaliers et les éleveurs dans leur relation avec les chevaux pour faciliter les interactions quotidiennes et améliorer le bien-être de ces animaux.

 

Le « pet-directed speech »

Le « mamanais » ou « parentais » est le nom donné, en psychologie, à la manière dont les parents s’adressent à leurs bébés. Cette façon de parler aux jeunes enfants a été très étudiée et on sait qu’elle a de multiples vertus en favorisant notamment la relation et en stimulant certains apprentissages. Ce langage se caractérise par l’usage d’une voix plus aigüe, la répétition des mots et la variation des sonorités. Il a aussi une composante émotionnelle positive. Certains animaux sont aussi réceptifs à cette façon de parler, que l’on nomme chez eux le « pet-directed speech » (PDS). C’est le cas des primates ou des chiens : l’humain capte et retient mieux leur attention grâce au PDS et les animaux ont alors de meilleures performances pour apprendre.

En parallèle, de nombreuses études ont démontré que les chevaux sont très sensibles aux émotions humaines. L’équipe d’Inrae et de l’IFCE avait déjà démontré qu’ils sont capables de reconnaître les expressions sur des photographies de visage humain, et qu’ils sont plus nerveux face à une expression de colère et plus détendus face à une expression de joie. Mais le PDS n’avait jamais été étudié chez les chevaux.

Après une enquête préliminaire sur les réseaux sociaux auprès de 845 cavaliers et propriétaires de chevaux, il s’avère que 93 % d’entre eux parlent régulièrement de cette façon à leurs chevaux, mais que seuls 44 % pensent que les animaux y sont sensibles.

Pour évaluer l’impact de cette façon de parler sur les chevaux, les éthologues ont mené deux séries de tests avec 20 chevaux qui n’y avaient jamais été exposés. Lors d’un premier test, chaque cheval était individuellement caressé par l’expérimentateur qui lui parlait soit en utilisant le PDS, soit en utilisant un langage neutre (comme celui que l’on utilise entre adultes). Résultat : lorsqu’on s’adresse à eux en utilisant le PDS, les chevaux répondent plus favorablement, ils sont plus calmes, regardent davantage l’expérimentateur et répondent aux gestes de pansage de l’expérimentateur en miroir (ils frottent le bout de leur nez contre lui en cherchant à le toiletter en retour), gestes qu’ils ne font pas si on s’adresse à eux dans un langage adulte neutre.

 

Communication référentielle

Dans le second test, l’expérimentateur a cherché à communiquer au cheval une information : la localisation d’une récompense alimentaire. En éthologie, on appelle cela la communication référentielle. L’expérimentateur se place face au cheval avec devant lui deux seaux fermés, un seul contenant de la nourriture. Il désigne avec son bras le seau que le cheval doit choisir pour obtenir la récompense en s’adressant à lui soit en utilisant le PDS, soit en utilisant un langage neutre. Lorsque l’expérimentateur parle de façon neutre, les chevaux choisissent un seau au hasard.

En revanche, lorsque l’expérimentateur parle en PDS, ils choisissent préférentiellement vers le seau qui leur a été indiqué. Le PDS capte donc l’attention des chevaux et les aide à mieux comprendre les intentions et à suivre les instructions de l’expérimentateur pour réussir la tâche demandée. Cette étude montre que cette façon de parler aux jeunes enfants, que l’humain a tendance à utiliser instinctivement avec certains animaux, facilite effectivement la communication entre humains et chevaux dans les interactions de tous les jours (pansage, travail…).

Cela peut contribuer à améliorer le bien-être de ces animaux très sensibles aux émotions humaines. Des études sont actuellement en cours pour approfondir les connaissances sur les interactions émotionnelles entre humains et chevaux, tant pour améliorer le bien-être des animaux que celui des humains dans différents cadres, comme l’équitation ou l’équithérapie.

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