L'Union Agricole 03 janvier 2019 à 12h00 | Par Alix Pénichou

Noriap face aux défis de l'agriculture numérique

Pour son assemblée générale annuelle, la coopérative avait choisi d'axer les réflexions sur les défis de l'agriculture numérique, avec la présentation de Stéphane Marcel, chef digital officer chez Invivo.

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L'anticipation. C'est, pour Stéphane Marcel, le principal pouvoir du numérique. Ce 14 décembre, Noriap a convié ce spécialiste du digital d'Invivo à présenter les défis de l'agriculture numérique à ses adhérents, lors de son assemblée générale. Et le sujet a fait mouche. « Le numérique permet de capitaliser sur le savoir et le réel, et de donner des instructions sur ce qui va se passer à l'avenir, pour pouvoir être en avance sur son temps », introduit-il. Dans le milieu agricole, en pleine mutation, il est de plus en plus présent. « Un agriculteur doit être économiste, agronome, gestionnaire, manager, créatif... Bref, un chef d'entreprise multi-compétent dans un environnement instable. L'intérêt du digital est donc grandissant. » Le métier du technicien évolue aussi. « Le digital lui permettra de s'appuyer sur les outils pour un conseil encore plus avisé. »

Piloter sa fertilisation
Des outils d'aide à la décision numérique, il en existe déjà tout un tas. Hugue Robitaille, agriculteur à Caulières dans la Somme, en utilise depuis plusieurs années. « Les outils de traçabilité ont d'abord fait leur apparition à la ferme en 2012. Puis, ils ont évolué avec l'arrivée de Farmstar en 2015 », témoigne-t-il à travers une vidéo. Cet outil lui permet notamment de piloter sa fertilisation. « J'amène la bonne dose au bon endroit et au bon moment. J'optimise ainsi la marge brute et les rendements. C'est aussi une réponse à la préservation de l'environnement. » Julien Burel, éleveur laitier à Smermesnil en Seine-Maritime, utilise, lui, l'outil Le Cube, récemment élaboré par Noriap. « Un investissement de 100 euros mensuel qui peut paraître important, mais qui s'avère vite gagnant », assure-t-il. L'outil fait parler une bonne partie des données que crée sa ferme. «Je pilote ainsi mon élevage avec précision, avec le suivi des vêlages, des inséminations, des volumes de lait par vache, les calculs des rations...»

« On est passé d'une agriculture raisonnée à une agriculture mesurée », ajoute Stéphane Marcel. Les avantages sont nombreux : gain de temps, diminution de la pénibilité au travail, optimisation de la prise de décision, interactivité et échanges, sécurisation du capital... Et dans ces évolutions, les coopératives auraient un rôle fondamental à jouer.
« La création de valeur avec la Big agro data est une course de vitesse entre les acteurs économiques de la production agricole. Les coopératives, elles, sont vecteurs de diffusion des avancées auprès des agriculteurs. »

Des gains de productivité
Et pour tous ceux qui resteront sur le carreau ? Car techniquement, la fracture du digital est bien réelle. Dans certaines exploitations isolées, rien que l'accès à la 3G est encore difficile.La couverture du réseau est donc un enjeu d'importance. « Aujourd'hui, Farmstar, par exemple, permet de gagner 0,3 point, soit 6 à 8 euros par hectare aux agriculteurs qui l'utilisent. Ce n'est pas encore très significatif. Mais la discrimination finira par s'accentuer. »
La recherche et le développement n'attendent pas le passage de la fibre dans les petites communes rurales. « Les innovations digitales vont se concentrer sur les gains de productivité, se projette Stéphane Marcel. Elles permettront de produire plus et mieux. » L'expert digital imagine déjà la multiplication des capteurs et des objets connectés, notamment dans l'acquisition et le traitement de l'image. « Il suffira au polyculteur de mettre des lunettes intelligentes et de porter son regard vers sa culture. Elles la diagnostiqueront, et donneront des indications sur les traitements à réaliser. » Tracteurs sans conducteur, ou sans roue, exosquelette pour l'agriculteur... Tout est envisageable.o

 

La collecte 2018
958 000 t de blé : rendement moyen  de 85 qx/ha. La bonne qualité facilite l'accès aux marchés,
83 600 t de colza : de 43 q/ha. Bon cru ,
24 100 t de pois : 43 q/ha. Production insuffisante,
24 700 t d'orge de printemps : 67 q/ha. Taux de protéines trop élevé,
144 200 t d'orge d'hiver : 82 q/ha. Taux de protéines trop élevé,
26 700 t de maïs : 92 q/ha. Production faible, mais de bonne qualité.

Politique d'investissements

Avec 1 102 000 t de collecte pour la campagne 2017-2018, Noriap est en-dessous de ses objectifs. « C'est le résultat de la conjonction de rendements moyens et de la surface Scop en diminution, au profit des cultures industrielles », justifie Martin Migonney, directeur général de Noriap. Pour autant, avec un résultat de 3,4 millions d'euros au 30 juin 2018, la coopérative maintient son objectif de capacité d'autofinancement à 12 millions d'euros cette année, et ainsi de reprendre sa politique d'investissements. Parmi eux, un partenariat a été créé avec la station de semences Exelience.

Celui avec le groupe Cocorette a été consolidé. « Nous sommes actionnaires minoritaires, mais le secteur de l'oeuf, en pleine expansion, compense la diminution de l'activité lait de notre secteur "élevage et nutrition animale », précise Jean-François Gaffet, le président. En parallèle de la production d'oeufs se développe celle de la fabrication d'aliments pour poules (et autres animaux d'élevage), grâce au partenariat avec Novial. « Nous développons en particulier les aliments bio, avec 28 000 t fabriquées. Mais il est difficile de trouver de la céréale bio dans notre secteur... »

L'actualité, ce 14 décembre, portait néanmoins sur l'adhésion officielle de la coopérative La Flandre. Dites désormais « Groupe Noriap La Flandre ». « Le partenariat entre nos deux coopératives a été initié il y a deux ans. La Flandre participe désormais au diviseur de charges des deux entreprises. » En clair, les recettes, comme les dépenses, sont mutualisées.

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