L'Union Agricole 07 mai 2020 à 07h00 | Par Catherine Hennebert

L'achat solidaire pourrait sauver l'économie du cidre normand.

La filière cidricole est frappée de plein fouet par la crise du Covid-19 et les effets du confinement. Certaines caves ont perdu jusqu'à 90 % de leurs ventes, en particulier celles qui fournissent la restauration.

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La filière a besoin d’un geste de solidarité de la part des consommateurs normands en faveur de leur patrimoine gastronomique. (© Emmanuel Palfray)  © Emmanuel Palfray  © Emmanuel Palfray


Les mises en bouteilles sont faites et aujourd'hui pas de ventes, tout est en stock et rien ne sort. Les trésoreries sont à plat et la profession voit arriver une récolte 2020 assez prometteuse. « Les plus touchés aujourd'hui sont les producteurs qui sont en monoactivité, qui vivent uniquement de leur production de cidre, d'eau de vie ou de calvados. Ils sont une dizaine parmi les adhérents de Normandie Terre de Cidre qui regroupe les producteurs d'Eure et Seine-Maritime », précise Emmanuel Palfray producteur de cidre près du Havre, président de la maison cidricole de Normandie et président du syndicat de défense de l'AOP Cidre du pays de Caux « A l'interprofession, nous avons interpelé le ministère de l'Agriculture et le ministère de l'Economie sur la situation de la filière cidricole. Nous demandons une redirection de 200 000 hl de cidre vers la production d'alcool, nous demandons la dérivation de 100 000 t de pommes à cidre vers d'autres filières telles que la méthanisation avec financement du retrait » (lire encadré).

Des produits cidricoles normands à notre table
Mais la filière aura également besoin d'un geste de solidarité des consommateurs normands en faveur de leur patrimoine gastronomique. « Si chaque foyer achetait six bouteilles de cidre et 6 bouteilles de jus de pomme de producteur normand aujourd'hui, cela pourrait sauver l'économie du cidre. Pourquoi ne pas acheter maintenant en prévision des beaux jours et encourager sa famille à faire de même ? ! ».
Les restaurateurs sont également attendus au moment du déconfinement pour proposer sur leur carte des produits normands.
« Aujourd'hui la filière cidre est en train de se renouveler et il ne faut pas laisser tomber tout cela.  Il faut poursuivre le travail avec les restaurateurs, sur l'élaboration de carte des cidres. Aujourd'hui 4 AOP cidre ou poiré sont reconnues en Normandie et une dernière est en attente de validation. Le grand salon Cidrexpo qui a eu lieu en début d'année à Caen a prouvé aux professionnels que le cidre normand est un cidre oenologique demandant beaucoup de qualité technique ».

Défendre un cidre oenologique
Depuis plusieurs mois, la filière travaille sur la montée en gamme et la modernisation des produits. Cela commençait à porter ses fruits.  Pour Marc Roubaud, président d'Unicid, « cet élan ne doit pas s'arrêter et tout doit être fait pour que la filière retrouve vite sa dynamique ».
« Nous travaillons sur les arômes, les saveurs, les propriétés organoleptiques, le packaging et le marketing... L'image d'une boisson banale est tenace chez les Normands mais dans d'autres régions qui ne sont en général pas productrices, les consommateurs lui font une place grandissante. A Paris, par exemple, il existe un bar à cidre dans le 10ème arrondissement, La Cidrerie, qui est apprécié des jeunes », fait remarquer Emmanuel Palfray.

Pour sauvegarder notre patrimoine paysager
Tous ces efforts qualitatifs entraînent évidemment des coûts d'investissements qu'il est important, pour les producteurs, de répercuter sur les prix. « Malgré la crise, il faut maintenir les cidres de qualité.  C'est ce qui va permettre de nous en sortir ».
Avec le soutien de la Région Normandie, la communication sur le cidre était initialement prévue en direction du monde de la gastronomie et des touristes étrangers. Au vu de la situation, elle sera plutôt destinée aux Normands et plus axée sur un message de solidarité, sur l'intérêt de l'achat citoyen. La filière veut rappeler à tous, y compris aux producteurs, que le cidre est un symbole de notre territoire : « Les vergers en fleurs que nous admirons autour de nous en ce moment ne nous rappellent-ils pas que sans vente de cidre ceux-ci seraient condamnés tôt ou tard ? Imaginons-nous l'image de la Normandie sans ses pommiers ? » o



La filière cidricole demande en urgence un plan de soutien fort.

La filière cidricole est frappée de plein fouet par la crise du Covid-19 et les effets du confinement. Les ventes de cidre, en recul en grande distribution et largement dépendantes de la consommation hors domicile (restaurants, cafés...), des circuits de proximité, du tourisme et de l'exportation, sont en baisse de près de 50 %. Les spiritueux (dont le Calvados), et les autres produits issus de la pomme à cidre sont également durement touchés. Pour certains opérateurs, les ventes sont à l'arrêt. La crise est immédiate sur les ventes de boissons cidricoles ; une deuxième vague de difficultés majeures est probable pour cet automne. La prochaine récolte risque en effet de connaître des surplus importants que les transformateurs, en cidre comme en spiritueux, ne pourront absorber dans un marché déjà excédentaire.
Aussi la filière cidricole a-t-elle interpellé le gouvernement afin que des mesures soient prises rapidement et massivement.
Parmi ces mesures, des dispositifs spécifiques de soutien à la filière sont demandés :
Le dégagement du marché par le retrait de cidres (à travers la distillation industrielle, notamment) et de pommes à cidre. Les volumes à retirer du marché sont aujourd'hui estimés à 200  000  hl de cidre et 100  000  t de pommes  ;
Pour les organisations de producteurs, réinscription du cidre sur la liste des produits à base de fruits et légumes transformés dans l'OCM fruits et légumes, et dont il a été indûment écarté depuis quelques années alors qu'il représente la majorité des volumes et de la valorisation des pommes à cidre ;
Des mesures d'appui financier à la communication de crise telles que prévues notamment dans le cadre de Franceagrimer. D'autres mesures visant à faire redémarrer le marché, notamment de la consommation hors domicile, actuellement à l'arrêt, et à renforcer les soutiens aux entreprises, par des allègements de charges, des dispositions fiscales, sociales, bancaires, commerciales et liées à la gestion des investissements, sont également demandées, de concert avec les autres boissons.
Jean-Louis Benassi

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