L'Union Agricole 20 octobre 2016 a 08h00 | Par L'Union Agricole

Hervé Morin décline sa nouvelle politique agricole

Le président de la Région a présenté vendredi sa réponse aux enjeux de l'agriculture normande pour 2017-2020.

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De gauche à droite, Hervé Morin, Clotilde Eudier et Gaël Gibert, l'un des associés du Gaec.
De gauche à droite, Hervé Morin, Clotilde Eudier et Gaël Gibert, l'un des associés du Gaec. - © Laurence Geffroy

La Région a annoncé vouloir débloquer 20 millions d'euros par an pour l'agriculture normande entre 2017 et 2020, en plus des 40 millions d'euros du Feader - somme renégociée avec la Commission européenne -, qui représentent un effort supplémentaire de 14 millions d'euros par rapport à 2016. Le président Hervé Morin a détaillé cette nouvelle politique agricole à Saint-Aubin-Epinay (76), vendredi 14 octobre, dans le nouveau bâtiment du Gaec Gibert. Cette exploitation laitière est dans la même famille depuis quatre générations, comme l'a rappelé l'un des deux frères associés, Gaël. Mais aujourd'hui, malgré un investissement pour se moderniser, elle est freinée dans son élan par « la baisse du prix du lait à 280 euros les 1 000 litres, soit une perte de 40 000 euros cette année, à laquelle s'ajoute la mauvaise récolte, causant une perte de 30 000 euros supplémentaires. » Considérant la Normandie comme « l'une des grandes régions agricoles françaises », Hervé Morin a insisté sur le travail de concertation que son équipe a mené avec 250 acteurs de la profession, depuis janvier 2016.
Il a salué le travail de Clotilde Eudier, vice-présidente en charge de l'agriculture, elle-même agricultrice à Saint-Romain-de-Colbosc. « Elle a pris les choses en main », note-t-il.

L'attractivité de la Normandie
Au coeur de son discours, on retrouve l'attractivité. « La Normandie est connue dans le monde entier et marque l'imaginaire. Nous devons profiter de cette image ». Présente au SIAL cette semaine, la Région compte augmenter sa visibilité au salon de l'agriculture en 2017, avec, Hervé Morin l'espère, « deux fois plus de producteurs que l'an passé ». L'occasion d'annoncer aux visiteurs « que la marque Gourmandie laisse sa place à la marque Normandie ». Dans le document distribué aux deux cents invités vendredi, seize priorités et sept enjeux ont été listés pour accompagner les agriculteurs normands (voir ci-dessous). « Notre objectif est de faire de l'agriculture normande une référence mondiale de qualité par ses produits, ses modes de production et l'organisation de ses producteurs », résume Hervé Morin. Daniel Génissel, président de la chambre régionale d'agriculture de Normandie, a apporté son témoignage : « Nous apprécions ce signal positif, issu d'une vraie concertation dans un contexte difficile - la perte de recettes pour la ferme normande est de 350 millions d'euros -, mais gage de réussite pour une appropriation et un déploiement. Nous partageons la vision de compétitivité, de coûts de production maîtrisés, de diversification et d'innovation. » Reprenant la parole, Hervé Morin lui répond « si ça ne marche pas, ce sera autant de votre faute que de la mienne ! » précisant qu'il préfère « parler de co-construction plutôt que de concertation ». Trente réunions de travail ont été nécessaires pour aboutir à ces propositions qui seront soumises au vote des élus régionaux, en assemblée plénière le 21 novembre prochain.
Laurence Geffroy

 

 

LES SEPT ENJEUX POUR LA NORMANDIE

1. Aider chaque année 300 nouveaux agriculteurs à s'installer, avec des contrats de parrainage, un parcours accompagné en espace test agricole, une aide à l'accès au foncier avec un fonds de garantie des fermages et le portage temporaire de foncier, en partenariat avec la Safer. En plus de la dotation jeune agriculteur (DJA), est mis en place un dispositif impulsion installation pour les plus de 40 ans, et des chèques conseils pré et post-installation.

2. Développer l'entreprise agricole normande avec un conseil agricole économique et stratégique (sous forme d'audits), un soutien aux investissements via le dispositif agriculture normande performante, une aide à la normandisation des cheptels, une aide à la transformation et à la commercialisation en circuit court, un dispositif bois-énergie, un financement pour la méthanisation agricole et des outils d'ingénierie financière (apport en capital/garanties bancaires), des garanties pour les prêts de trésorerie au bénéfice des exploitations en difficulté.

3. Valoriser les produits agricoles normands avec un produit sous signe de qualité dans une exploitation sur deux d'ici 2020 (filières de qualité, circuits courts, marque
« Normandie », plan régional sur la restauration collective dans les lycées).

4. Encourager les nouvelles pratiques agricoles avec mise en application des mesures agroenvironnementales et climatiques et le soutien des micro-filières (apiculture, races locales menacées), accompagner la conversion et le maintien en agriculture biologique, aider à la certification.

5. Renforcer les organisations de producteurs (OP) par la création de Start'Op, pour soutenir l'association d'OP.

6. Renforcer les compétences des actifs agricoles et développer l'emploi agricole salarié.

7. Développer l'innovation agricole en Normandie avec l'appel à manifestation d'intérêt et le dispositif booster « Agri-Inno » et soutien à la conduite de projets innovants.

 

Pour plus de détails, voir le fichier pdf ci-dessous

Ils ont dit

Arnold Puech d'Alissac, FRSEA Normandie
« Le changement, c'est maintenant qu'il est visible, avec plus de moyens, du cofinancement et du soutien à l'investissement. Il n'y a plus d'idéologie «verte», le pragmatisme agricole est arrivé au pouvoir. Mais il a quand même fallu qu'on s'impose un peu pour y arriver. D'autre part, on comprend que la Région ne vienne pas se substituer à l'Etat dans le cas de la crise actuelle, car ce n'est pas de son ressort. Mais elle peut néanmoins se porter caution dans les dossiers de refinancement.»

Pierre Lebaillif, JA Normandie
« Dans cette période difficile, cela donne des perspectives sur le moyen terme et permet de se reprojeter. Le financement de conseils va permettre de réfléchir à l'après-crise. Et une identité régionale plus forte va nous permettre d'aller chercher de la valeur ajoutée ou de plus gros volumes pour les OP. Sur le chantier de l'installation, JA a été copilote avec la Région.
Nous avons amené nos idées. L'augmentation de la DJA est un signal positif. Il faut que l'on reste optimistes. »

Sébastien Windsor, chambre d'agriculture de Seine-Maritime
« Le premier point de satisfaction, c'est la vraie concertation avec la profession agricole au sens large. Nous sommes les mieux placés pour savoir ce dont nous avons besoin. Je me retrouve bien dans les notions de compétitivité, de valeur ajoutée sur nos produits, sur l'image de la Normandie. Il y a exigence sur les acteurs qui accompagnent les agriculteurs, avec obligation de résultat. Ce plan ne répond pas au cout terme mais au moyen terme, il a été conçu comme cela. Nous restons mobilisés sur le court terme par ailleurs. »



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