L'Union Agricole 30 octobre 2015 à 08h00 | Par CRAN

Dephy-Ecophyto pour optimiser l'usage des phytosanitaires

Le défi de Jean Maillard en 2010 : diviser par deux sa consommation de produits phytosanitaires en cinq ans tout en conservant son résultat économique.

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Agriculteur à Octeville-sur-Mer, sur 130 hectares en grandes cultures avec des cultures industrielles, le pari était loin d’être évident dans un tel système où pomme de terre, betterave et lin alternent avec le blé. Pourtant, depuis 2010 et tout en s’adaptant au contexte des années, la consommation de phytos de Jean Maillard tend à la baisse, lui permettant de presque parvenir à son objectif dès 2013. Quels sont donc les secrets de ce succès ? Tout d’abord une solide motivation pour renouveler son métier d’agriculteur, l’objectif de réduire les charges de son exploitation et de limiter son impact sur l’environnement.

Egalement, une passion pour l’innovation, la fertilité des sols mais aussi de la curiosité et de l’échange, ce qui s’est traduit tout naturellement par son entrée dans le réseau de fermes Dephy Ecophyto en 2012.

Des changements sur l’exploitation

L’exploitation familiale de Jean Maillard, avec ses différentes cultures de vente, est très  représentative des systèmes à haut potentiel de la Haute-Normandie. Le système initial était constitué d’une rotation avec betterave, lin, colza, pomme de terre et blé de deux ans, en labour occasionnel. La protection phytosanitaire se basait alors surtout sur les avertissements et le conseil des techniciens, souvent en systématique, sans optimisation et raisonnement plus poussé.

Quelques changements avaient été engagés sur l’exploitation avant l’entrée dans le groupe Dephy et se sont poursuivis depuis. Dès 2010, il a mis en place des pratiques d’efficience avec le bas volume et la réduction de doses, tout d’abord sur le blé puis progressivement suur toutes les cultures. Ensuite, il a introduit des couverts en mélanges (légumineuses et graminées), des couverts associés en colza, avant l’arrêt de celui-ci en 2014. Enfin, en blé, l’introduction de mélanges variétaux et une plus grande systématisation de semis plus tardifs, limitent le risque maladies, permettant ainsi de réduire l’usage des fongicides et de ne gérer le désherbage des blés qu’au printemps. Aujourd’hui, l’observation est prépondérante et le raisonnement a pris le pas sur le traitement systématique. Il en résulte une réduction progressive des IFT, robuste dans le temps en dépit des effets années, atteignant 22 % de baisse en 2014 et jusqu’à 40% en 2013.

- © cran

 

 

ZOOM SUR...

Jean Maillard se montre satisfait

«Mon objectif est de réduire l’usage des pesticides tout en conservant de bonnes marges brutes. Je souhaite être moins dépendant de la chimie et baisser les charges opérationnelles. Je reste persuadé que le sol est la clé de la réussite agronomique et que l’utilisationtrop systématique des produits phytosanitaires sur nos sols déstabilise l’équilibre de la vie microbienne. Il m’apparaît important d’augmenter le taux d’humus des sols par l’utilisation de couverts en mélange et  l’utilisation depuis quelques années de compost Sur les cultures, la pratique du bas volume et la réduction de doses augmentent sensiblement le temps de travail et le temps d’observation. Par ailleurs, les doses réduites sont moins sécurisantes et me font prendre quelques risques. Je ne pourrais assumer cela seul et heureusement je suis secondé.

Je constate qu’en dépit de l’augmentation des prix des produits phytosanitaires, mes dépenses restent stables, et je conserve des marges brutes équivalentes à 2011. Je suis satisfait de la voie que j’ai prise. Les risques sont limités dansmon système et je parviens à  réduire mon impact sur l’environnement en conservant mes marges. Cependant, tout n’est pas abouti, loin de là, et j’ai une multitude d’idées. Dans un système plus céréalier, je pourrais maximiser les mélanges, les couverts et les cultures sous couverts mais dans mon système avec pomme de terre et betterave, c’est impossible de faire évoluer les sols suffisamment à l’heure actuelle. Par ailleurs, les moissons tardives et les années humides fréquentes dans notre région sont aussi un handicap pour la mise en oeuvre de certaines techniques (engrais verts, binages…). J’évolue donc toujours. Par exemple en betterave, je maintiens et systématise les binages pour réduire le désherbage de post levée. En blé, j’envisage de ne plus faire de régulateur du fait que 100% de mes blés seront semés en mélanges en 2016. Je souhaite poursuivre la tendance à l’optimisation et à la baisse d’utilisation car il y a encore de la marge même si cela est difficile certaines années ! Cette année, il y a eu introduction d’oignons, mais il nous faut réfléchir à une autre culture du fait de l’arrêt du colza. »

LES MÉLANGES VARIÉTAUX PERMETTENT DE MOINS TRAITER LES BLÉS TOUT EN SÉCURISANT RENDEMENT ET QUALITÉ

■■Jean mélange jusqu’à 7 variétés. Le choix se fait sur la productivité

tout en profitant des résistances croisées à la septoriose et à la rouille

jaune surtout. Les rendements sont plus stables d’une année sur l’autre.

La moyenne des rendements n’est pas augmentée mais il y a moins

d’écarts entre les parcelles. Ainsi, sur les blés semés en mélange, il

se permet de réduire la dose de fongicides au-delà de ce qu’il faisait

déjà en bas volume, et au final d’atteindre jusqu’à 40 % de réduction.

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