L'Union Agricole 22 janvier 2021 a 10h00 | Par A.O.

De bonnes impressions de Twittos* après le passage de Macron.

Nous n'avons pas été conviés le 12 janvier dernier lors de la visite du président de la République, Emmanuel Macron, à la ferme des Ruelles, à Tilly (27). Mais cela, vous le savez. Nous avons, cependant, souhaité récolter, non pas les pommes des Ruelles, mais les impressions d'agriculteurs qui ont participé à la table ronde.

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Des agriculteurs connectés ont été invités à témoigner de leurs expériences d'agriculteurs et à présenter leurs pratiques auprès du président de la 
République.
Des agriculteurs connectés ont été invités à témoigner de leurs expériences d'agriculteurs et à présenter leurs pratiques auprès du président de la République. - © G. L.

« La rencontre s'est bien passée », lance d'emblée Michel Galmel de la ferme des Ruelles, à Tilly, hôte de l'après-midi. « Le président a visité la ferme en posant de nombreuses questions liées à la biodiversité et au bilan carbone  ».

Environnement, agriculture, conservation des sols, production, économie, social... Autant de thèmes abordés par les différentes parties. « Emmanuel Macron, Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture, Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique et Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer étaient intéressés par l'ensemble des sujets. Il y a eu du partage et de l'écoute ».

Emmanuel Macron « place ce que nous faisons à notre échelle, sur notre exploitation de 60 hectares, par rapport à ce qu'il souhaite mettre en place comme le plan protéines. Il a été sensible à notre expérience. Il voit que nous mettons des solutions locales en place pour faire face à un problème global. Il sait, également, qu'il n'existe pas un modèle unique d'exploitation mais des multitudes et que rien ne se fait d'un coup de baguette magique. C'est une démarche pas à pas », conclut l'agriculteur qui dès que possible remplace  le pétrole utilisé dans la mécanisation et la chimie par le végétal et l'animal.

 

Un travail main dans la main

Lors de la table ronde, les différentes parties ont évoqué le maintien des mesures de la PAC pour permettre d'avancer en cohérence. « Par exemple, les règles sur l'agroforesterie ont changé après 2015, cela est devenu moins avantageux donc de nombreuses surfaces sont revenues en conventionnel », détaille Antoine Thibault alias Agriskippy, éleveur de vaches laitières à Cintray et membre de l'association France Agri Twittos.

Autre sujet abordé : le rôle de l'agriculture française. « Elle a joué son rôle fixé par la PAC en produisant pour assurer l'autosuffisance du pays et de l'Europe. Ce rôle-là a été largement atteint. Aujourd'hui, on doit attaquer un nouveau virage, toujours qualitatif mais en pensant davantage à l'environnement, au réchauffement climatique et à la biodiversité ». Désormais, il faut « produire bien en protégeant notre biodiversité », ont appuyé les différentes parties lors de cet après-midi à Tilly.

« Le président de la République et le ministre de l'Agriculture forment un excellent binôme. Depuis sa prise de fonction, Julien Denormandie fait un sans-faute. C'est un fervent défenseur de l'agriculture. L'écologie ne peut pas se passer de l'agriculture et l'agriculture ne peut pas se passer de l'écologie. Plutôt que de mettre tout le monde dos à dos, il préfère associer tous les acteurs ».

 

La diversité du département

Nadège Petit, alias agri-zoom, était « honorée » d'être invitée à la table ronde « mais stressée. C'est un sacré poids sur les épaules de parler de nos métiers devant le président de la République. Les membres du gouvernement ont été sensibles à  nos problématiques ». Les difficultés financières ont, d'ailleurs, « bien été abordées autour de la table ronde, tout comme les difficultés administratives à monter un dossier ».

Nadège Petit, également membre de France Agri Twittos, a rappelé à ses interlocuteurs que l'agroforesterie, l'écopâturage ou encore la plantation des haies n'étaient « pas la réalité du département. Ma ferme est en polyculture dans une plaine céréalière. Les haies n'ont, ici, pas été arrachées. D'après des cartes d'après-guerre, elles n'ont jamais existé sur le secteur de Roman ». Les haies nécessitent de l'entretien et du matériel, un coût donc. « Elles ne sont pas la seule solution. Chez moi par exemple, on parle aussi de l'implantation de bandes enherbées pluriannuelles, certes moins visibles, mais tout aussi efficaces comme réserve de biodiversité ». Emmanuel Macron a bien noté la diversité du territoire, « les cinq agriculteurs présents lors de la table ronde étaient d'ailleurs représentatifs » de ces différences.

Lors des échanges, Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer et originaire de Vernon, a souligné qu'il était important « de travailler sur le retour de la biodiversité dans les campagnes mais que cela devait aussi s'accompagner de mesures à prendre collectivement avec l'urbanisation ».

« Et si on arrêtait (enfin) d'opposer agriculture et écologie ? Il suffit de rencontrer des éleveurs passionnés et engagés, comme AgriSkippy ou agri-zoom, pour s'en convaincre ! Encore merci pour ces échanges ! », a tweeté le président de la République à l'issue de la rencontre.

* Utilisateurs du réseau social Twitter.

Il a dit

Nous avons appris dimanche à la dernière minute qu'Emmanuel Macron viendrait sur une exploitation de l'Eure mardi 12 janvier. Nous n'avons pas été concertés pour l'organisation de cette réunion ni invités d'ailleurs à participer. Je trouve très regrettable cette façon de faire ; le mépris affiché par l'Elysée envers les représentants agricoles ainsi que la presse agricole du département, en ne les invitant pas (la DDTM de l'Eure non plus d'ailleurs) à la rencontre d'Emmanuel Macron est incompréhensible et insupportable. Qui mieux que nous pourrait organiser une visite représentative de toutes les agricultures du département ? Qui mieux que nous pourrait montrer l'engagement de tous les agriculteurs engagés dans une démarche de progrès et soucieux de tous les avenirs ? Celui-ci des sols, de la biodiversité mais aussi celui de leur exploitation et de leur famille. Nous ne pourrons jamais mettre de côté la question du revenu et de la rentabilité de l'exploitation.  Nous avons porté ces revendications devant les conseillers à l'agriculture de l'Elysée et du Premier ministre dans un rendez-vous qu'il a fallu arracher à nos gouvernants. Nous pouvons d'ailleurs remercier le préfet et la DDTM qui nous ont aidé dans son obtention. Nous leur avons fait passer les messages que nous souhaitions malgré le peu de temps accordé mais nous aurions voulu le faire directement et entendre la réaction d'Emmanuel Macron. La FNSEA est là pour défendre à la fois la réalité du présent de notre agriculture et aussi préparer son avenir.

Fabrice Moulard, président de la FNSEA 27

 

Réaction de Gilles Lievens, président de la chambre d'agriculture de l'Eure

« Je pense que nous aurons fait avancer la vision présidentielle ainsi que celle de la ministre de l'Environnement. Ils sont arrivés avec certaines idées bien arrêtées en matière d'agroforesterie et de préservation de la biodiversité et avaient d'ailleurs fait à ce titre un choix de visite très spécifique. Je retiendrai des échanges les témoignages concrets d'agriculteurs qui contribuent en fonction de leurs propres situations à des démarches de progrès agroécologiques, sans qu'un modèle unique doive s'imposer à toute le monde. Je retiendrai également les messages forts portés sur l'importance de nos productions, les contradictions réglementaires, et surtout le revenu indispensable pour que chaque agriculteur puisse vivre de son activité. La piste de rémunération des agriculteurs sur la captation de carbone a été entendue et doit être concrétisée. »

Propos recueillis par C.C.-D.

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