L'Union Agricole 04 avril 2019 à 12h00 | Par Laurence Geffroy

« Capter les moyens humains pour éviter une forte migration.»

Jean-Jacques Cottard, agriculteur retraité à Vattetot-sous-Beaumont, est revenu marqué de son voyage en Afrique.

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La délégation française était constituée de Jean-Jacques Cottard (76), Hélène Echaine (76), Line Lecomte (50), Patrick Vandermeersch (76), Pascal Lemoine (50), Michel Sommela (76), Jean-Pierre Métayer (27), Julien Cardet (50), Alain Yaouanc (14). (© Jean-Jacques Cottard)  © Jean-Jacques Cottard  © Jean-Jacques Cottard La consommation de produits réfrigérés n’est pas encore entrée dans les mœurs. © Jean-Jacques Cottard


Parti avec un groupe de dix personnes grâce à l’association de développement agricole Afdi Normandie du 1er au 10 février, Jean-Jacques Cottard se souviendra longtemps de ses impressions lorsqu’il a posé le pied sur le sol rouge du Burkina-Faso. Membre de l’association depuis dix ans, il n’avait pas encore eu le temps de faire le voyage.
Avec ses collègues actifs et retraités, le président d’Agrial, ainsi qu’une enseignante du lycée de Saint-Lô, il a atterri au Ghana avant de prendre un vol pour Ouagadougou, la capitale du Burkina.
« Dès que l’on sort de l’avion, on sent la chaleur et l’odeur de bois brûlé. » Et sur le sol, au milieu de la poussière rouge , des tonnes de déchets plastiques. « C’est une catastrophe environnementale, il n’y a rien pour les traiter. »

Mini-laiteries
Les agriculteurs normands venus étudier sur place le programme de développement de mini-laiteries, sont emmenés sous bonne escorte, puisque six militaires les suivent tout le voyage, au siège de l’UMPL/B, union des mini-laiteries, puis dans trois laiteries à travers le pays. Dans le minibus qui les emmène à l’hôtel, ils ne peuvent que constater la pauvreté. Mais pour Jean-Jacques Cottard, il ne faut pas confondre avec de la misère. « La solidarité est très forte et je n’ai pas observé de problème de famine. » Le Normand a aussi été impressionnée par les femmes qu’il juge « dignes, belles et intéressées par nos échanges ».
Les projets comme celui de l’Afdi Normandie permet d’employer beaucoup de main d’œuvre afin de « capter les moyens humains sur place et éviter une migration forte vers les pays européens », explique Jean-Jacques Cottard. L’association travaille avec la FNSEA et les OPA pour créer sur place des entreprises locales afin d’aller vers l’autosuffisance alimentaire, même si le gouvernement burkinabé ne semble pas croire à l’élevage. « Les jeunes sont désoeuvrés et se font embrigader par des groupes mafieux. La situation est inquiétante car ils sont livrés à leur sort. Les écoles ferment et des régions entières sont abandonnées », constate notre interlocuteur.

Ethnie peule
Les éleveurs que les Français ont rencontrés sont pour la plupart des Peuls. Ethnie pastorale, cette tradition de transhumance créé des tensions avec la population sédentaire. En plus, les Peuls ont la peau plus claire, ils sont parfois confondus avec des djihadistes, alors que la situation géopolitique au Mali voisin est de plus en plus tendue.
Dans la première laiterie visitée, pour 60 éleveurs, seulement 70 litres sont collectés par jour, car les vaches sont peu productives. Pour les Peuls, l’importance c’est le nombre d’animaux que l’on possède. Il y a dix millions de bovins dans le pays. Pour pouvoir les nourrir, des stocks fourragers sont constitués, mais avec des températures culminant de 40 à 45 ° c sans discontinuer de mai à juin, il fait très sec dans la zone du Sahel, c’est très difficile. La population manque d’eau.
« Nous avons goûté les yaourts fabriqués sur place, ils sont excellents. Cependant, s’ils arrivent à confectionner de bons produits, il est difficile de les conserver. » Les pannes d’électricité à répétition empêchent de sécuriser la chaine du froid. Un Burkinabé travaille d’ailleurs sur un projet de chambre froide solaire pour pallier cette difficulté.

Accepter les produits locaux
Une autre difficulté sur laquelle les responsables des mini-laiteries travaillent est l’acceptation des produits locaux par la population. En effet, ils n’ont pas l’habitude de manger des produits laitiers réfrigérés, ils consomment le lait en poudre. Leur faire admettre la consommation de produits locaux est un enjeu car ils sont méfiants sur la qualité sanitaire. « Cela implique un changement de mentalité. Ils ont créé une marque locale Fairefaso pour faire vivre les producteurs », explique Jean-Jacques Cottard. Il y a aussi l’accès au crédit qui ne facilite pas le développement, car « il n’y a pas de banques pour prêter de l’argent sur une longue durée ».•

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